Ce qui est proprement bouffon.
Aussi bouffon que si l’on apprenait demain que Mgr l’Archevêque de Paris est devenu libre-penseur ou M. Jean Hennessy président d’une ligue antialcoolique !
Car, enfin, personne n’est contraint au généralat.
Pour recevoir les étoiles, il faut avoir donné un certain nombre de gages d’orthodoxie et je ne sache point que l’églantine rouge s’épanouisse parmi les feuilles du chêne !
Les réactionnaires haïssent Sarrail. Ils lui reprochent son goût pour la politique. Ils l’accusent de sectarisme, d’anticléricalisme et, usant d’un argument-massue, affirment qu’il appartient à la franc-maçonnerie — ce qui, d’ailleurs, est inexact.
Qu’un incident grave auquel le nom de Sarrail est mêlé se produise ? Les esprits s’échauffent. Selon leur nuance et sans se donner le souci d’examiner les faits, les journaux dressent des réquisitoires contre ce diable d’homme ou entonnent son los.
L’affaire vient-elle devant le Parlement ?
Celui-ci n’est plus composé de juges, mais de partisans. De partisans également aveuglés, également empressés, les uns à défendre leur idole, à n’admettre point qu’on y porte une main sacrilège, les autres à ruiner le prestige de celui qui, durant la guerre, fut l’un des plus éminents chefs de notre armée.
Bien entendu, une telle passion, une telle certitude d’exprimer la vérité animent seulement ceux-là qui ne connaissent point Sarrail ou le connaissent mal et qui ne le virent pas à l’œuvre.
Les renseignés observent plus de réserve. Eux seuls pourraient s’exprimer avec quelque pertinence sur le général, eux seuls pourraient montrer les lumières et les ombres de cette figure. Mais comment se faire entendre parmi tant de déments, tant de sourds bien décidés à le rester ? Comment, enfin — et pourquoi ? — passer pour thuriféraire aux yeux des uns, pour contempteur aux yeux des autres ?