J’irai allègrement au-devant de ces deux risques et, me tournant d’abord du côté des adversaires du général — c’est, à peu de chose près, ceux de la République — je leur dirai :
— Il est possible que Sarrail ait un goût prononcé — trop prononcé pour la politique. Mais les autres généraux sont-ils tous tellement neutres ? Et n’est-ce pas nourrir une grande illusion que de prétendre qu’on ne fait pas de politique dans l’armée ?
— Sarrail est sectaire, dites-vous. Ne trouvent grâce devant lui que les radicaux-socialistes, les francs-maçons. C’est aux officiers de cette nuance qu’il réserve ses faveurs, accorde avancement et décorations. Les autres, il les moleste et les brime.
Légende ! A Salonique, où trois années durant, je fus témoin de l’œuvre de Sarrail, celui-ci, qui avait appelé à son état-major des hommes comme le duc de Mouchy, comme M. de Villemorin, qui, je le crois du moins sont assez bien-pensants à tous les points de vue, comme feu Laurent-Vibert, réclamé par l’Action française pour l’un des siens, ne molesta jamais un subordonné à l’occasion de ses opinions ou de ses croyances.
Jamais Sarrail ne s’opposa à aucune manifestation du culte. Il entretenait les relations les meilleures, les plus cordiales avec certains ecclésiastiques, notamment avec le R. P. Lobry, visiteur général des Lazaristes, l’un des hommes qu’il consultait le plus volontiers sur les affaires macédoniennes.
Comment, d’ailleurs, s’il eût été le farouche anticlérical que l’on dit, eût-il sollicité les bons offices d’un Ministre de l’Église Réformée lorsqu’il se remaria ?
Mais ce sont là arguments misérables pour combattre un soldat qui se peut prévaloir des états de service les plus éclatants, l’un des artisans de la Victoire de la Marne, l’organisateur de la Victoire de Macédoine, victoire que Clemenceau fit remporter par un autre afin de frustrer de sa gloire l’homme de Verdun et de Salonique qu’il haïssait — peut-être parce qu’est affligé d’un aussi détestable caractère que lui-même !…
Et c’est une chose, une des choses, que le Vieux Vendéen ne saurait pardonner !
Car enfin, malgré les attaques dont, en France, il était l’objet de la part d’adversaires qui, en pleine guerre, en pleine union sacrée, ne rougissaient point de mener contre lui la campagne la plus perfide, bien qu’on lui refusât des effectifs et nonobstant son armée décimée par le paludisme, Sarrail a tenu le coup pendant trois ans en Macédoine.
Ayant à faire face à d’innombrables problèmes, des ordres les plus divers, il les résolut en grand soldat, en parfait administrateur et ceux qui ont visité le camp retranché de Salonique doivent rendre hommage à son œuvre vraiment admirable.