Alors que d’autres chefs attendaient, en dormant, que la victoire leur fût apportée par quelque puissance surnaturelle, Sarrail travaillait inlassablement.
Il travaillait à son plan. Et quand celui-ci fut prêt, que toutes les dispositions en furent arrêtées, on rappela brutalement son auteur. On lui donna Guillaumat pour successeur, puis Franchet d’Espérey. Les lauriers étaient coupés. Il ne s’agissait plus que de les ramasser.
C’est une grande honte pour la République : Sarrail ne fut point nommé maréchal de France et, seul de tous les généraux ayant commandé devant l’ennemi, il ne défila point sous l’Arc de Triomphe le 14 juillet 1919.
Clemenceau avait assouvi sa haine.
— Mais vous aussi, dira-t-on, vous prononcez le panégyrique de Sarrail. Vous aussi, vous êtes un de ses thuriféraires.
Qu’on ne se hâte donc point de conclure ! J’ai écrit que, comme toutes les figures de premier plan, celle de Sarrail comporte lumières et ombres. On a vu les premières, voici les secondes :
J’admets que Sarrail, comme Clemenceau, est attaché aux principes de 89.
Mais Sarrail démocrate ? Sarrail réclamé par la démocratie et se réclamant d’elle ? Sarrail adopté, choyé, défendu par les organisations et les groupements démocratiques ?
Ah ! non.
Violent et brutal, ne souffrant aucune contradiction, ayant plus qu’homme vivant le goût de l’autorité, persuadé de détenir en toutes choses la vérité, brisant qui lui résiste, fût-il son meilleur ami et le plus dévoué, ingrat de surcroît, Sarrail n’est pas un démocrate.