C’est un tyran, un despote !

Quant à sa présence au Comité Central de la Ligue des Droits de l’Homme, elle me confond. Elle confond tous ceux qui furent mes camarades de l’armée d’Orient et qui rassemblent leurs souvenirs. Car, enfin, quel général fut moins accessible à la pitié que Sarrail ? Quel prononça autant d’arrêts de déportation dans les camps ? Quel ordonna autant de fusillades sans jugement ? Quel enfin, pour éviter que des pourvois en grâce ou en cassation pussent être introduits, fit hâter des exécutions prononcées par le Conseil de Guerre ?

Qu’il me suffise ici de rappeler, à l’intention des initiés, l’aventure de Thémistocle, Préfet de Police de Koritza d’Albanie, comparaissant devant le Conseil de Guerre de Salonique, dans la même semaine où il avait reçu la croix de guerre, condamné à mort à six heures du soir et fusillé le lendemain, à l’aube au camp de Zeitenlick.

Sarrail démocrate ! Sarrail membre du Comité central de la Ligue des Droits de l’Homme et demandant la suppression des Conseils de Guerre ! On croit rêver[4].

[4] Il eut le dessein de fonder à Beyrouth une section de la Ligue des Droits de l’Homme. Un républicain de gauche, militant sincère, de la plus grande conscience et d’une parfaite probité, à qui il s’ouvrit de son projet lui dit :

— Mon général, vous n’en ferez pas partie ?

— Et pourquoi ?

— Parce que vous devriez être exclu de la Ligue non seulement comme membre du comité central, mais comme simple adhérent, N’avez-vous pas retiré aux Français de Syrie la liberté de réunion dont ils ont toujours joui et que tous vos prédécesseurs ont respectée ? N’avez-vous pas supprimé la liberté de la presse ?

Sarrail n’insista pas.

Il se peut qu’aux heures de non-activité, d’inaction, il tienne les mêmes discours que ses amis politiques, écrive de la même encre que celle dont ils usent. Mais, lui donne-t-on un nouveau commandement ? Lui accorde-t-on une autorité sans contrôle ? Il redevient Sarrail, c’est-à-dire un Galiffet — un Galiffet sans la fantaisie.