Territoires immenses, plus riches de souvenirs historiques, de souvenirs religieux et de légendes que tous autres au monde ; territoires offrant les plus belles possibilités au commerce, à l’industrie, à l’agriculture, à l’élevage, mais présentement ruinés, bouleversés par la guerre, ses suites, la révolte, la répression, et dont les habitants, appartenant à dix races, à trente confessions, se déchirent entre eux, chaos véritable, telle apparaît cette Syrie sur laquelle nous nous sommes engagés à faire régner le calme, l’ordre, la prospérité et où, jusqu’ici, nous n’avons rencontré que déboires.

Pourquoi ?

Oh ! sans doute parce que nous y avons employé de mauvaises méthodes et envoyé des hommes qui, tous, n’étaient ni compétents, ni préparés à la tâche qu’on leur confiait.

Mais pour d’autres raisons encore : sur cette terre à la fois bénie et maudite, où se croisent toutes les routes d’Europe et d’Afrique vers l’Asie, où naquirent et périrent tant de civilisations, que désolèrent tant d’invasions, l’homme, plus que partout ailleurs, est loup pour l’homme.

Divisés jusqu’à l’infini en petits groupes ennemis, les Syriens, de confessions chrétienne, musulmane, druse, d’origines arabe, turque, arménienne, grecque, kurde, tcherkesse, font tous preuve du particularisme le plus étroit, le plus enfantin, rêvent tous d’asservir, sinon de détruire, ceux du groupe voisin.

Chacun réclame, exige un statut spécial qui lui assurera des privilèges que, d’ailleurs, rien ne justifie ; nul ne veut se soumettre à une règle générale, à une loi qui, pour être efficace et bienfaisante, doit être égale pour tous.

Prétend-on contraindre l’indigène à la subir ? Il crie à la persécution. Et ses clameurs sont si perçantes que le monde entier les entend.

Pour paradoxal que cela puisse paraître, il se complaît dans ce rôle d’éternel mécontent, d’éternel protestataire. Il ne désire rien tant que la prolongation d’une incertitude, d’une instabilité politique qu’il s’ingénie à entretenir en sollicitant avec force aujourd’hui tel statut qui, lui étant accordé, n’a plus aucune valeur à ses yeux, puisqu’il exige sans délai le retour à l’état de choses ancien contre lequel, demain, il recommencera de protester !…

La Syrie n’est-elle pas le pays où les dieux eux-mêmes furent le plus âprement discutés ?

Au surplus, n’est-elle pas restée l’objet de convoitise qu’elle fut au cours des siècles, et nos ennemis, peut-être surtout nos alliés, ne nous ont-ils pas vus, avec un amer regret, nous y installer ?…