— Le malheur est arrivé, s’écriait le R. P. Remy, capucin, en se jetant dans les bras d’un du Paty de Clam, fonctionnaire au Petit-Sérail.

Alors, dût la France en être atteinte, on s’apprêta à lutter contre le sectaire, l’anticlérical, le pseudo franc-maçon Sarrail. On prépara les batteries pour le recevoir.

Et d’abord, on imposa aux enfants des écoles religieuses une minute de silence en signe de deuil.

Puis certain journal, organe des Jésuites, entra immédiatement en campagne.

Est-il vrai, comme on me l’affirma, qu’il reçut la forte somme d’une ligue présidée par le général de Castelnau pour faire la jolie besogne consistant à discréditer un soldat français aux yeux des populations qu’il allait administrer ? Je n’ai pu établir le fait. Mais avec quelle violence, ne reculant devant aucun procédé, il multiplia attaques et insinuations.

D’une autre feuille, maronite celle-là, où l’on put lire cette phrase qui sonne comme un ordre : « Le mandat doit s’appuyer sur la communauté maronite », prit aussi part à la furieuse offensive.

On fit l’appel des volontaires. Ils affluèrent. Des fonctionnaires du Haut-Commissariat, des officiers de terre et de mer se répandirent un peu partout en ville pour y colporter des calomnies sur la vie privée du général, lui prêter des actions que jamais il ne commit, raconter des anecdotes saloniciennes riches d’épisodes scandaleux.

Ah ! L’aventure de la princesse russe ! Ah ! les histoires d’infirmières ! Ah ! les orgies du Consulat de Bulgarie ! Comme tout Beyrouth s’en délecta !

On vit un chef de cabinet brûler publiquement le journal qui publiait la nouvelle de l’arrivée prochaine du Haut-Commissaire et l’on assista à ce spectacle dans les couloirs du Grand-Sérail où sont installés les Bureaux de l’État-Major :

Un lieutenant appartenant au service des renseignements, s’étant collé, en triangle, trois pains à cacheter sur le front (vous comprenez l’allusion), se promena une heure durant en multipliant des gestes empruntés au rituel maçonnique.