Dès qu’il fut installé, Renaud prit le contre-pied de ce qu’avait fait Carbillet. Il détruisit ce qu’il put de son œuvre, inaugura une politique nouvelle, écouta avec complaisance ce qu’on vint lui raconter sur le maître si redouté lorsqu’il était présent et qu’on attaquait parce qu’il voguait vers la France. Peut-être même encouragea-t-il les féodaux à rédiger un cahier de revendications, d’accusations contre Carbillet et à l’aller présenter à Sarrail…
Les féodaux partirent pour Beyrouth.
Le rideau venait de se lever sur la tragédie.
Sarrail ne reçut point les délégués. Ce fut le prétexte que prirent nos ennemis pour déclencher leur attaque.
La Confidence de l’Émir
On m’avait dit :
— Il est un homme, en Syrie, qui pourrait, s’il le voulait, vous confier des choses bien intéressantes sur la révolte des Druses. C’est un Attrache, le propre cousin de Soltan, l’émir Saïd Fahrès-bey-el-Attrache. Ami de la France qu’il a toujours servie loyalement il a dû quitter Dibine, son village natal, au début de l’insurrection à laquelle il ne voulait point participer. Il vit, avec son fils, à Bosra-eski-Cham. Allez le voir.
« Homme sage et pondéré, il fut, de la part de Fayçal et de ses agents, l’objet de mille sollicitations qu’il repoussa, de mille tracasseries qu’il subit avec sérénité. Ni la prison, ni la spoliation de ses biens, ni les attentats dirigés contre lui n’eurent raison de sa fidélité à notre cause. Allez le voir.
« De Beyrouth à Bosra, en passant par Damas, vous ne mettrez guère que quatre ou cinq jours. »
L’évaluation était optimiste. J’ai dû consacrer une semaine à ce voyage. Qu’importe le temps, d’ailleurs, puisque me voici dans le Haouran, et si près de Soueïda-la-Noire que j’aperçois à l’œil nu ses jardins, ses maisons, sa citadelle.