Au centre, une fosse d’un mètre cube environ, pleine de braise en ignition et autour de quoi sont disposés des bouilloires de cuivre jaune, des mortiers de bois, des brûleurs, tous les ustensiles nécessaires à la préparation du café.

L’air glacé et la pluie m’ont transi. L’Émir me fait asseoir près du foyer, s’accroupit à mon côté, me sert le café de ses mains. Mes compagnons de tout à l’heure prennent place sur les matelas et les coussins disposés le long des parois de la salle. Bientôt, d’autres notables, vêtus de capes noires, blanches, rouannes, coiffés du voile maintenu sur la tête par le triple bourrelet, viennent les rejoindre. Ce sont les vieillards qui n’ont pu se rendre jusqu’à la gare. Tous ont de beaux visages de patriarches et leurs barbes sont d’argent comme celle de Booz. L’interprète me confie l’âge du doyen (quatre-vingt-huit ans) qui, arrivé si près du terme de sa vie, conserve encore la coquetterie de se faire les yeux !

Timidement, peureusement, des enfants que la présence d’un visiteur français intrigue fort pénètrent un à un dans la médafé. Ils sont bientôt plus de cinquante qui vont s’accroupir sur les tapis entre les pieds des hommes.

C’est une assistance bien nombreuse à mon gré. Encore que je ne regrette pas le spectacle qui m’est offert, j’aurais préféré voir l’Émir seul à seul.

Mais quoi ! C’est pour m’honorer qu’on a convoqué semblable assemblée. Me conformer aux traditions de mes hôtes est vraiment le moins que je puisse faire.

Je sais que maints discours vont être prononcés, que chacun des assistants va prendre la parole, me dire ce qu’il pense des événements actuels et de leur origine. C’est l’Orient ! Je suis prêt. Les harangues commencent.

Bien entendu, je reçois d’ardentes déclarations d’amour à l’adresse de ma patrie, et j’apprends que tous ces hommes faits, tous ces vieillards, tous ces enfants aussi attendent l’entrée de nos colonnes dans le Djebel. Ils l’attendent « comme la terre sèche attend l’eau du ciel ».

Que retenir de cette étrange confession collective ? Rien ou presque. Il n’en est pas de même de celle que l’Émir, m’accueillant dans sa maison, me fit le soir.

— On a dit, on a écrit que le capitaine Carbillet est cause de la révolte. C’est une légende. Cet officier qui, étant homme, ne manque certainement pas de défauts, a beaucoup fait pour mon pays qu’il aimait. Je le considère comme un excellent administrateur et comme le bienfaiteur du Djebel.

J’ai demandé :