— Comment expliquez-vous les plaintes formulées contre l’ancien gouverneur par les chefs druses, et singulièrement par les membres de votre famille ?
— Mes pairs reprochaient à Carbillet, dont l’administration était démocratique, d’avoir diminué leur influence personnelle et fait régner l’égalité dans la région.
« Tant qu’il fut à son poste, ils se courbèrent sous sa loi — peut-être un peu rude, à dire vrai. Mais, dès qu’il fut en permission, ils profitèrent de cette circonstance pour porter contre lui des accusations dont la plupart sont calomnieuses. C’est pour moi un devoir de le déclarer hautement à la Presse française, le jour que, pour la première fois de ma vie, je me trouve en sa présence.
L’Émir médita un assez long temps et poursuivit :
— Oui ! Les dissidents ont pris prétexte de l’administration de Carbillet et du fait que le général Sarrail refusa de les recevoir pour entrer en lutte contre la puissance mandataire. Mais ils y étaient décidés depuis longtemps.
« Deux mois avant la rébellion de Soltan, je fus avisé, par mes informateurs de Transjordanie, qu’un mouvement général contre la France était préparé sur la totalité des territoires commis à sa tutelle.
« J’en avertis immédiatement les autorités militaires de Damas. Elles ne tinrent aucun compte de ma communication[10].
[10] Comment ne pas s’étonner que nos services de renseignements n’aient pas fait état de l’information que leur donnait l’Émir Fahrès-bey-el-Attrache ? Et comment ne pas signaler que ce n’est pas la seule faute grave qu’on leur puisse reprocher ?
Le 10 décembre 1924, c’est-à-dire plus d’un an avant l’arrivée de Sarrail, ne recevaient-ils pas d’un de leurs agents, familier de Mustapha-el-Khalil, chef de bandes transjordaniennes, une confidence dont on trouve la trace dans leurs archives, mais que, sans doute, ils jugèrent négligeable puisque jamais ils ne la communiquèrent au commandement.
« J’avais assisté, déclara cet agent, à toutes les réunions qui se tinrent chez Mustapha en juin et juillet. Il avait à sa disposition plusieurs bandes dont une sous ses ordres directs.