Voici : sur ces quarante délégués qui, d’ailleurs, n’étaient que de trente et un, six seulement appartenaient au Conseil Représentatif. Aucun des quatre chefs religieux ne les accompagnait. On remarquait dans leurs rangs deux des assassins d’un lieutenant français attiré en 1922 dans un guet-apens et massacré, en même temps que deux sous-officiers, par Soltan-el-Attrache et ses hommes, trois francophobes notoires mis en résidence forcée par les précédents Hauts-Commissaires, deux représentants du peuple non réélus aux élections prescrites par Weygand, un voleur et trois fonctionnaires ou officiers révoqués.
Peut-être admettra-t-on que Sarrail avait quelque raison de ne témoigner qu’une estime assez limitée à « ces hommes d’élite, à ces véritables amis de la France » et de donner l’ordre d’en arrêter quelques-uns pour les envoyer en résidence forcée à Palmyre, lorsqu’il lui fut rendu compte que ces messieurs commençaient à s’agiter.
S’il est regrettable que, pour faire procéder à cette opération, il ait cru devoir recourir à une feinte assez inélégante, c’est montrer beaucoup de naïveté que d’avancer, ainsi que l’écrit M. de Kérilis : « Ce guet-apens est sans précédent dans notre histoire coloniale et même dans notre histoire. »
Rassemblons, je vous prie, quelques-uns de nos souvenirs de guerre sur les Théâtres Extérieurs et n’insistons pas.
Soltan-el-Attrache, qui s’est bien gardé de venir à Beyrouth, car il accorde tous ses soins à préparer l’insurrection, entre en action avec ses bandes. La garnison française de Soueïda est assiégée dans la citadelle. Déprimés, malades, décimés par le feu de l’ennemi, nos soldats ne sont ravitaillés que par avions.
Il faut aller les délivrer.
Sarrail charge de cette mission le général Michaud.
Celui-ci va écrire, dans les annales de nos expéditions lointaines, une page aussi sombre que celle qui perpétue le souvenir du désastre de Lang-Son.
Officiers dont j’ai lu les rapports, les lettres, écouté les récits. Soldats qui exhalez votre colère, votre dégoût, votre honte par de si violentes, de si pathétiques imprécations lorsque vous évoquez vos camarades mutilés, saignés comme bêtes de boucherie, arrosés de pétrole et brûlés vifs par le Druse, parce que le chef sous les ordres de qui l’on vous avait placés ignorait son métier, vous ne comprendriez point qu’après vous avoir posé tant de questions, vous avoir écoutés avec tant d’émotion, pris tant de notes sous vos yeux, j’aie tu ce que j’appris de vous.