Ah ! Michaud, Michaud, quel guerrier vous faites, et comme Sarrail fut mal inspiré le jour que, voulant vous donner l’occasion d’un nouvel avancement, il vous permit (vous alliez exercer pour la première fois votre métier de chef) de vous élancer sur la route de Soueïda, où vous deviez tout perdre, tout, fors la vie…

Quelle responsabilité votre bienfaiteur obstiné assuma, ce jour-là, devant le pays !

Une responsabilité égale à celle du gouvernement qui fit de Sarrail un Haut-Commissaire en Syrie.

J’entends encore le chant de triomphe lancé alors par tout le chœur des partisans.

On avait réparé une grande injustice ! On avait donné au général républicain la compensation que, par d’éclatants services, il méritait. Le Régime s’était réhabilité !

Les hommes qui connaissaient Sarrail autrement que pour l’avoir entendu en réunions publiques étaient sûrs qu’il allait à un échec. Dans ce nouveau poste, comme dans tous ceux qu’il avait occupés, il « aurait des histoires ». Sa présence en Syrie serait l’occasion de tels incidents qu’il faudrait le rappeler. Cette aventure, dans laquelle des amis inconsidérés le lançaient, serait sa dernière aventure. Elle marquerait tristement la fin d’une carrière cahotée, riche de pages magnifiquement éclairées, obscurcie de quelques ombres, mais, somme toute, glorieuse !

Que n’a-t-on laissé Sarrail jouir en paix d’un repos bien gagné ? Que n’a-t-on maintenu Weygand en place ?

Certes, la révolte des Druses eût éclaté. Certes, un détachement des nôtres eût été vraisemblablement investi dans la citadelle de Soueïda. Mais ce n’est point Michaud qu’on eût envoyé pour le délivrer !

La Formation de la colonne Michaud

Pourquoi faut-il qu’arrivé au terme de mon enquête sur les causes qui amenèrent les douloureux évènements du mois d’août 1925 et sur ces événements eux-mêmes, il me faille conclure par un réquisitoire ?