Pourquoi faut-il qu’après avoir étudié tant de pièces officielles, lu tant de rapports et de lettres émanant d’officiers ayant fait partie de la colonne envoyée pour délivrer Soueïda je sois forcé d’écrire : le général Michaud a été inférieur à sa tâche. Il n’a pas su monter l’opération dont il était chargé. A aucun moment il n’a commandé sa colonne. C’est lui qui, par son insuffisance, son ignorance des conditions dans lesquelles doit se comporter un groupe mobile, est responsable du désordre qui régna parmi ses troupes et de leur défaite.
Au moment où celle-ci se dessina, il n’eut aucune des qualités : stoïcisme, calme, générosité qu’on peut attendre d’un chef malheureux. Et quand il eut échappé au désastre où tant de ses officiers, tant de ses hommes avaient péri, il ne songea qu’à faire porter à autrui la responsabilité de son échec.
— On m’avait donné un bâton pourri, aurait-il dit en parlant de la troupe placée sous ses ordres.
A-t-il vraiment prononcé ces mots ? Je l’ignore. Ce que je sais, c’est qu’il s’est plaint avec amertume de ce que les moyens mis à sa disposition aient été insuffisants pour lui permettre de remplir sa mission.
Pourquoi l’a-t-il acceptée ?
Est-ce pour obéir à son chef et ceci, en dépit de ce principe militaire intangible, principe reconnu par Napoléon lui-même, que nul n’est tenu d’entreprendre une action s’il juge ne point disposer des moyens nécessaires pour la mener à bien ?
N’est-ce pas, au contraire, pour trouver une étoile sur la route de Soueïda, comme on le dit ouvertement dans toute l’armée du Levant, où l’on parle de la nervosité qu’il laissait paraître depuis qu’il avait entrevu l’éventualité d’un nouvel avancement ?
Au surplus, c’est le général Michaud lui-même qui forma sa colonne. Tout ce qu’on put prélever sans danger sur la totalité des forces françaises en Syrie lui fut confié.
Savez-vous, par exemple, ce qui restait d’artillerie en dehors de la zone des opérations ? On peut l’écrire aujourd’hui sans inconvénient : une batterie de 65 à Deir-ez-Zor, face au désert, et une demi-batterie de 75 à Alep !
Le général Michaud voulut de l’artillerie lourde ? On improvisa pour lui une batterie de 105. Un officier d’état-major lui ayant demandé à quoi il envisageait de l’employer, il répondit :