— A pilonner, Monsieur !
A pilonner quoi ? L’ennemi ne dispose point d’artillerie. Ses organisations défensives sont inexistantes. Il abandonne avant le combat la plupart de ses villages et ceux-ci, faits de blocs de pierres, de dalles basaltiques, sont pratiquement indestructibles, l’expérience l’a démontré.
A la rigueur, on pouvait utiliser la portée du 105 pour l’interdiction des points d’eau. Or c’est le seul emploi qui n’en a pas été fait !
Donc, le général Michaud disposait de tout ce qu’il avait été possible de lui donner.
— Mais, dira-t-on peut-être, en reprenant les accusations portées contre Sarrail, qui, « pour faire sa cour au Gouvernement », aurait renvoyé volontairement des unités en France, à qui la faute si l’armée du Levant était si pauvre ?
Qu’il me suffise, pour répondre à l’objection de citer la note de service du ministère de la Guerre (No 9625/1, 20 septembre 1924) prescrivant de ramener l’effectif de l’armée du Levant à un chiffre voisin de 20.000 hommes. L’aménagement des effectifs résultant de ces prescriptions devait être et fut réalisée à la date du 25 décembre 1924.
En résumé, les réductions prévues étaient effectuées au départ de Weygand. Mais en juin 1925, sur la demande du ministère, Sarrail envoyait au Maroc un bataillon de tirailleurs qui fut remplacé par un bataillon de chasseurs-mitrailleurs non instruits (bataillon Aujac)[12].
[12] C’est à cette unité de laquelle, encore qu’il l’ait nié par la suite, il connaissait la faiblesse, que le général Michaud confia la garde de son convoi, c’est-à-dire de la partie centrale, de la partie vitale, essentielle de la colonne, celle autour de laquelle tous les éléments composant celle-ci devaient se grouper.
Ayant obtenu tout le monde, tout le matériel qu’il voulait et même cette artillerie lourde qui ne devait lui servir de rien, le général Michaud enrichit sa colonne de nombreux impedimenta : caisses d’archives, de comptabilité, machines à écrire, etc. Dix-huit mulets transportaient les bagages du Q. G. !
Mais jamais Michaud n’inspecta ses troupes.