Je cite toujours la lettre de l’officier rescapé :
« Conducteurs du convoi et de l’artillerie coupent les sangles et les traits pour enfourcher les mulets, s’enfuir. Les Druses tirent sans relâche. Ils montent sur les autos, les incendient, mutilent et achèvent les blessés. Le commandant Soudois, le capitaine Faur, les lieutenants Pelloux, Pegulu, Bestagne, Tchervre, et beaucoup d’autres sont tués. »
Où est le général Michaud ?
Dans une auto-mitrailleuse qui le ramène à Ezraa sain et sauf.
Et sans doute parfaitement calme, puisque, quelques jours plus tard, il prend le soin de dresser de sa main, qu’il a belle, l’état de ce que, personnellement, il a perdu dans la bagarre et que, dans ce document, il n’omet de faire figurer ni un paquet de bougies, ni une douzaine de boîtes d’allumettes, ni, pour cent francs, une cantine que, dit-on, il a fait confectionner quelque temps auparavant, à titre gratuit, par un des services de l’armée.
Dommages de guerre !
Décidément, le général Michaud excelle à dresser le compte des siens[13].
[13] On peut même le considérer comme un professionnel de ces travaux d’écriture.
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Sarrail a eu entre les mains les documents dont je me suis servi pour écrire ce qui précède. Il n’ignore rien des circonstances dans lesquelles se produisit le désastre du 3 août. Pourtant il s’irrite et tonne lorsqu’on ose, en sa présence, juger avec sévérité le vaincu de Soueïda. Il le couvre !