— Jolie carte postale !

C’est prononcé derrière moi sur le mode cordial, avec l’accent des gens de notre Midi. Je me retourne. Un quidam me salue. Il est vêtu d’un pardessus gris chiné à taille. Son col mou et sa cravate sont très fatigués.

Visiblement, le rasoir n’a point passé, de plusieurs jours, sur ses lèvres et ses joues. L’œil est petit, la paupière lourde, le regard vif. A Derâa, que peut faire ce civil français ?

Je croyais être le seul qui se fût aventuré dans ce bled, depuis une semaine à peine que la ligne Damas-Bosraa-eski-Cham est reconstruite.

Illusion ! Illusion perdue !

L’homme est de belle prestance. Entendez qu’il a le physique du cambusier, de l’hôtelier du vieux Toulon ou de l’accessoiriste-régisseur parlant au public d’une tournée de septième ordre.

— Jolie carte postale, répète-t-il. Il n’y a pas à dire, c’est bien couleur locale !

Et décidément très cordial :

— Vous allez sans doute à Bosraa ?

Je suis peu « liant ». Ni sur les paquebots, ni dans les trains, ni sur le quai des gares, ni dans les hôtels, je n’aime échanger ma carte avec un inconnu. Et puis — dois-je le dire ? — je fuis le Français exporté. Trop souvent il s’est montré à moi en de telles postures que, vraiment, il ne me plaît point d’être vu en sa compagnie — même par des Bédouins.