Calot sur les sourcils, cigarette aux lèvres, battant ses houseaux de cuir d’une cravache en nerf de bœuf, un maréchal des logis surveille une corvée de viande. Il est petit, râblé, sanguin. Ses jambes sont arquées, ses mâchoires terrifiantes, ses grosses moustaches rousses cosmétiquées sont tordues comme des cornes de bélier. Ses yeux bleus, cruels, sont d’étroites boutonnières.
Il parle. Il parle comme on ne parle plus depuis vingt ans dans les pires endroits de Paris. Et sa gorge, ruinée par l’alcool, par la syphilis, n’émet plus — telles ces orgues de Barbarie fourbues — que quelques rauques sonorités.
Je vois ce fauve roux lancé dans le bled, entrant dans un village, pénétrant dans une maison arabe et y opérant ! Je vois tout !…
Peut-être ai-je tort décrire cela ? Peut-être cet homme trouvera-t-il demain la mort dans un engagement ? Alors, ce sera un héros…
M. Robert se penche à la portière. Les officiers le reconnaissent.
— Tiens, Robert ! Bonjour, Robert !
M. Robert salue militairement.
— Bonjour, mon capitaine. Bonjour, mon lieutenant.
Des mains se tendent vers lui. Il veut bien y mettre la sienne.
On peut donc serrer la main de M. Robert ? Sans doute, puisque, de cette main, l’on peut accepter le pain, la viande, le fromage et les fruits. Ce voyage m’aura encore appris des choses.