— Vous nous amenez du renfort, Robert ?
— Non, mon capitaine.
— Comment, non ? Et ces deux-là ? (le capitaine désigne la musulmane et la chrétienne qui, penchées à une autre portière, rient parce que les légionnaires leur adressent des gestes, sur la signification desquels on ne saurait se méprendre).
— Mon capitaine, ces deux dames sont pour Bosraa, où on m’a rendu compte qu’il y a en ce moment un peu de presse.
— Le coup de feu !
C’est un mot. M. Robert veut bien en sourire.
Des cris éraillés. Une ruée d’Amazones vêtues d’oripeaux. Un bruit de savates dans la boue. Des cheveux noirs, roux, blonds qu’on retient d’une main, et que la pluie plaque sur les crânes, en mèches raides. Des joues rubescentes. Des yeux cernés de bleu. Des bouches pavées d’or.
M. Robert est inondé de fierté. Il me dit :
— C’est mon personnel d’El-Moussefireh. J’ai télégraphié que je passerais en gare aujourd’hui. Il est venu me saluer. Ah c’est stylé !…
M. Robert tend la main aux Amazones. Elles la baisent tour à tour, puis, avec de nouveaux cris, de nouveaux rires, montent dans le wagon, embrassent leurs deux compagnes, qui vont compléter l’effectif insuffisant de Bosraa-eski-Cham.