Dans les cours des mosquées, des hommes accroupis sur leurs talons, formaient cercle autour d’un lettré qui leur tenait un discours, leur lisait un journal venu du Caire publiant le récit d’une défaite française au Maroc ou accusant nos troupes de commettre en Syrie des atrocités sans nom.
Propagande !… Propagande !…
Elle s’exerce ici sans trêve, sous toutes les formes, dans tous les milieux.
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Très loin du centre de la ville, dans un quartier aux étroites voies tortueuses, les émirs, les pachas et les cheiks vivent volontairement reclus en des maisons-forteresses aux façades nues, sans autre ouverture que des portes blindées percées d’étroits judas grillagés.
Une de ces portes s’ouvre-t-elle pour vous, comme elle s’ouvrit pour moi ? Vous pénétrez dans un décor des Mille et une Nuits. Un eunuque nègre vous conduit, à travers de longs couloirs obscurs, jusqu’à une large cour intérieure, dallée de marbres multicolores disposés en admirables mosaïques, au milieu de quoi, dans une vasque d’albâtre ouvragée comme une pièce d’orfèvrerie, l’eau fraîche chante sans arrêt.
Des citronniers, des orangers, un palmier géant dont les racines courent sous la précieuse mosaïque, versent leur ombre douce dans ce patio sur lequel s’ouvrent les pièces de la maison.
On vous introduit dans l’une d’elles. Elle est dallée de marbre comme la cour. Mais la mosaïque est couverte presque entièrement de tapis somptueux. Les murs, le plafond sont décorés de cuir repoussé, gaufré, ciselé où se jouent l’or éteint et mille couleurs patinées par les ans.
Plusieurs hommes sont assis sur des coussins richement brodés. Ils fument. Ils boivent le café dans de minuscules tasses. Ils se lèvent quand vous entrez, vous saluent, vous invitent à prendre place dans leur cercle, à fumer, à boire le breuvage odorant, dont ils font une si large consommation.
Ils ont généralement passé l’âge mûr. Quelques-uns sont très vieux. Les uns portent la redingote, le tarbouche rouge, les autres, la robe noire, le turban blanc ou vert. Deux ou trois restent fidèles au costume des Bédouins du désert.