De quel front lui eussé-je avoué :

— Nous, Français quelque peu familiarisés avec l’Orient méditerranéen, nous reconnaissons au premier coup d’œil un chrétien né sur la terre levantine et si différent du chrétien de chez nous qu’il est difficile de concevoir qu’un même esprit les anime tous deux. Nous le reconnaissons à l’expression tour à tour arrogante et humiliée de son regard et de son sourire, à sa rouerie, à son impudeur, à son indiscrétion tranquille, à cent petites choses qui nous offensent et nous irritent.

Mais encore une fois, qui est mon ami ? Et qui sont ses compagnons ?

Des Syriens ou, si vous le voulez, des Libanais.

Agents plus ou moins mandatés de Comités, de groupements politiques ou religieux locaux, exerçant en outre les professions les plus diverses : avocats, banquiers, commissionnaires, courtiers, sous-courtiers, intermédiaires en tous genres, ils quittèrent Beyrouth lorsqu’ils apprirent le nom du successeur de Sarrail et la date de son embarquement.

Ils vinrent à Marseille où ils séjournèrent tout juste quarante-huit heures. Et les voici sur le Sphinx voguant de nouveau vers l’ancienne Phénicie.

Pourquoi ont-ils abandonné leurs parties d’échecs ou de baccara, leurs affaires, toutes leurs fructueuses petites combinaisons ?

Vous allez comprendre.

Dans l’Orient méditerranéen, la nomination d’un fonctionnaire important ne constitue pas seulement un événement politique et administratif. Elle représente un intérêt à la fois commercial et financier pour qui sait et peut l’exploiter à temps.

Chaque fois qu’un vali, un préfet, un Haut-Commissaire, prend possession de ses fonctions, tout ce qui vend, achète, prête, procure, plaide ou s’entremet, tient cabinet, office ou bureau, commence de s’agiter, dresse un plan d’action.