C’était reconnaître qu’après six années de séjour dans le Levant, nous cherchions encore la formule susceptible de la fixer.
Voilà, précisément, ce que les Syriens nous reprochent.
Témoins de nos hésitations, de notre versatilité, beaucoup se demandent, non sans anxiété, par quelles voies les tuteurs que nous sommes officiellement pour eux les conduiront jusqu’à leur majorité nationale, politique et administrative. Plus nombreux encore sont ceux qui nous estiment incapables de remplir cette tâche lorsqu’ils font examen critique de notre administration, dressent le bilan de nos erreurs et de nos fautes.
Car nous avons commis un grand nombre des unes et des autres, et peut-être convient-il de procéder à un examen de conscience.
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Et, d’abord, nos militaires et fonctionnaires se sont mépris sur la nature du rôle qui leur était dévolu.
Le mandat était une conception nouvelle. Pour l’appliquer, lui donner vie, il était indispensable de croire à la Société des Nations, d’avoir « l’esprit des traités ».
Or, nos militaires, qui venaient de gagner la guerre en France et en Orient étaient un peu grisés par leurs victoires. Ils avaient fait de l’occupation en Allemagne, en Macédoine, en Thrace, en Turquie. Ils ne croyaient qu’à la force. La Société des Nations leur paraissait une institution assez risible.
C’est le plus naturellement du monde qu’ils considérèrent les pays placés sous notre mandat comme des territoires à occuper. Ils furent impérieux, brutaux et, quand les troubles se produisirent, ils prirent des mesures répressives au petit bonheur, brûlant et rasant des villages, dont les habitants, privés d’abris, de moyens d’existence, n’eurent plus d’autres ressources que d’aller grossir les rangs des rebelles.
Beaucoup de nos fonctionnaires appartenaient à l’administration coloniale. Eux aussi, et de bonne foi, supposèrent qu’on attendait d’eux qu’ils appliquassent les mêmes méthodes (bonnes ou mauvaises, ce n’est pas ici le lieu de les discuter) dont ils avaient usé, durant toute leur carrière, dans nos possessions au-delà des mers, à l’égard de populations très peu évoluées.