Au premier étage, dans une chambre meublée à l'orientale, mais d'un aspect sombre et pauvre, elles me font asseoir sur un divan misérable; puis, cette sœur d'Achmet s'empresse à me préparer du café—ce qui est ici une obligation de l'hospitalité—et, tandis qu'elle va et vient autour de son petit fourneau, essuyant pour moi ses tasses grossières de pauvresse, je vois des larmes silencieuses, de grosses larmes qui descendent le long de ses joues.
Oh! mon Dieu, qu'il fait triste, ici, au crépuscule, dans cette chambre nue où cette femme pleure, et comme mon cœur se serre, et comme les mots que je voudrais dire s'arrêtent et s'éteignent...
Elles voient bien, toutes les deux, que je suis venu pour dire ou pour demander quelque chose de grave. Mais quoi? Je ne parle pas. Elles attendent. Et le silence se fait de plus en plus lourd, dans la nuit qui tombe...
En tremblant je me décide à dire:
—Tu te souviens bien de madame Aziyadé, la petite dame turque que ton frère aimait beaucoup, lui aussi? Tu t'en souviens?
Alors elle pose ses tasses et sa serviette, comme pour être plus libre, comprenant que le grave interrogatoire commence. Et elle fait «oui» de la tête, avec un geste des mains qui signifie: «Oh! si je m'en souviens! Comment aurais-je pu oublier tout cela!»
Encore un silence, pendant lequel j'entends une suite de petits coups frappés régulièrement à mes tempes—le bruit pressé des artères qui battent. Et enfin, d'une voix brusque, qui s'étrangle un peu, je pose la question suprême:
—Elle est morte, n'est-ce pas?