Une pièce d'or en acompte; une autre après pour sa peine, s'il m'a procuré tout cela avant une demi-heure.—Et il part, l'air sûr de son fait, fouettant ses chevaux.

Encore une de ces attentes incertaines, comme celles qui ont coupé si souvent ma journée d'hier. Dehors, sur une pierre, je m'assieds entre les deux femmes. J'enlève mon manteau gris, qui est plus étrange en ce quartier que ma veste orientale; alors ces broderies de mon costume, jadis choisi par elle, se remettent, après tant d'années, à briller à leur lumière d'autrefois, devant le suaire de chaux des mêmes vieux murs, et là, dans la blanche petite rue, ensoleillée, solitaire, je me sens heureux, avec mélancolie, d'avoir repris pour un moment l'aspect de quelqu'un du peuple d'ici...


Trente ou quarante minutes se passent dans une attente silencieuse, les deux femmes en robe noire, assises, la tête dans les mains, l'une à ma droite, l'autre à ma gauche—comme des pensées de mort qui auraient pris forme humaine.

Et enfin là-haut, au sommet d'une montée qui domine ce quartier d'Hadji-Ali, apparaît, profilé sur le ciel, le landau qui revient au pas, suivi de la chaise et des porteurs!

Qu'on fasse vite, vite! Que la voiture m'attende ici, avec Anaktar-Chiraz, une heure, deux heures, tout le temps qu'il faudra, et que la sœur d'Achmet, les porteurs, la chaise, descendent avec moi jusqu'à la Corne-d'Or, où nous louerons un grand caïque pour passer à Stamboul.


À Stamboul, nous débarquons dans le sombre Phanar, à l'échelle la plus voisine du quartier de Kadidja; puis nous grimpons, par des rues en escalier, entre des murailles délabrées et croulantes, très regardés par les rares passants, qui se retournent d'un air d'inquiétude hostile.


Dans un taudis sans nom, dans une soupente noire, Kadidja est étendue sur des loques horribles, geignant faiblement comme une pauvre bête malade. Mais c'est bien elle, et je crois qu'aucun visage, ni aucune chose revue à Constantinople, ne m'ont impressionné comme cette vieille figure noire, où il y a de la malice de singe agonisant et de la tendresse suppliante, je ne sais quel mélange d'animalité qui se décompose et de bonne âme fidèle qui s'en va...