Anaktar-Chiraz est assise à côté de moi dans le landau, et, en route, je la prie de s'occuper, après mon départ, d'une plaque de marbre que je veux faire mettre au cimetière pour Achmet.—Car une de ses grandes tristesses était, je me rappelle, de penser que, s'il mourait avant d'être un peu riche, il n'aurait peut-être pas de tombe.
Il n'est guère que midi quand nous arrivons à l'hôtel, toutes mes longues pérégrinations du matin n'ayant pas duré plus de quatre heures.
Je fais monter chez moi l'Arménienne: les gens de service, peu habitués à voir aux touristes de telles amies, la regardent, mais sans insolence, tant elle a l'air honnête et digne dans sa robe de deuil.
Ayant tiré de sa poche de grosses lunettes, elle s'assied devant un bureau, afin d'écrire toutes les instructions que je vais lui laisser pour cette tombe...
Mais nous sommes interrompus par le juif Salomon, qu'un domestique m'amène. Il vient me rendre compte qu'il a fait tout son possible pour retrouver Achmet, et que personne ne le connaît plus.
Oh! je le crois sans peine, qu'Achmet est introuvable!... Et, depuis hier, depuis l'heure où j'avais envoyé ce Salomon aux renseignements, que de chemin j'ai déjà parcouru, dans la région des mornes certitudes, des tranquillités funèbres. À ce moment-là, tout était encore en troublante question; à présent, il semble que, sur ces choses qui m'agitaient hier, une lourde pluie de cendre soit tombée...
En caractères arméniens, Anaktar-Chiraz a fini de noter pour elle-même ce que je lui ai recommandé au sujet de ce marbre.
Et maintenant nous avons terminé nos affaires ensemble, il ne nous reste plus qu'à nous dire adieu.
Elle se lève pour partir, et elle me regarde, avec ces mêmes bons yeux de mère que je lui ai vus tout à l'heure à Chichli. Tandis qu'elle me remercie de ce que je fais pour le pauvre petit mort, de grosses larmes lui viennent, qui, pour un peu, me gagneraient aussi.
Puis, elle me demande la permission de m'embrasser, en s'en allant.—Oh! je veux bien... Et de tout mon cœur, pour Achmet, je lui rends son baiser, sur sa joue ridée de pauvre vieille.