Deux autres groupes viennent bientôt s'asseoir à la même ombre, s'espaçant dans la longueur des formidables murailles: quatre prêtres grecs, en tournée d'archéologie, qui font sur l'herbe un petit déjeuner frugal, et quelques femmes maronites, descendues de Bethléem avec des enfants, qui ont apporté des narguilés et des oranges.

Quel terne et singulier soleil, aujourd'hui, dans ce ciel d'Orient, et comme ce lieu est mélancolique.

Pendant notre repos, des grenouilles chantent le printemps, à pleine voix, dans les citernes de l'Ecclésiaste.—Nous nous penchons sur le vieux parapet vénérable, pour les voir: de monstrueuses grenouilles, larges comme la main étendue, qui font plier sous leur poids tous les roseaux.

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C'est vers trois heures, sous un soleil enfin sorti des brumes matinales et redevenu très ardent, que nous arrivons à Bethléem, par une poussiéreuse route.

Tandis que notre camp se monte à l'entrée de la ville et au bord du chemin, comme c'est la coutume, dans un de ces enclos d'oliviers qu'on abandonne aux voyageurs de passage, nous pénétrons à cheval dans les rues.

Plus rien de l'impression première, bien entendu: elle n'était pas terrestre et s'en est allée à jamais... Cependant Bethléem demeure encore, au moins dans certains quartiers, une ville de vieil Orient à laquelle s'intéressent nos yeux.

Comme à Hébron, des cubes de pierres, voûtés de pierres, qui semblent n'avoir pas de toiture. Des passages étroits et sombres, où les pieds de nos chevaux glissent sur de gros pavés luisants. De hauts murs frustes, qui paraissent vieux comme Hérode et où s'ouvrent de très rares petites fenêtres cintrées.—«Ah!... des Moghrabis!» disent les Syriens assis sur les portes, en nous regardant venir. Entre les maisons, la vue, par échappées, plonge sur l'autre versant de cette montagne qui supporte la ville, et là, ce sont des jardins et des vergers s'étageant en terrasses sans fin.

La beauté et le costume des femmes sont tout le charme spécial de Bethléem. Blanches et roses, avec des traits réguliers et des yeux en velours noirs, elles portent une haute coiffure rigide, pailletée d'argent ou d'or, qui est un peu comme le hennin de notre moyen âge occidental et que recouvre un voile «à la Vierge», en mousseline blanche, aux grands plis religieux. Leur veste, d'une couleur éclatante et couverte de broderies en style ancien, a des manches qui s'arrêtent au-dessus du coude; c'est pour laisser échapper les très longues manches pagodes, taillées en pointe à la façon de notre xve siècle, de la robe d'en dessous, qui tombe droit jusqu'aux talons et qui est généralement d'un vert sombre. Dans leurs vêtements des âges passés, elles marchent lentes, droites, nobles,—et, avec cela, très naïvement jolies, toutes, sous la blancheur deces voiles qui accentuent une étrange ressemblance, quand surtout elles tiennent sur l'épaule un petit enfant: on croit, à chaque tournant des vieilles rues sombres, voir apparaître la Vierge Marie,—celle des tableaux de nos Primitifs...

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