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Puis, vers le soir, les averses calmées, je m'en vais par les ruelles tristes où les toits s'égouttent; sous le ciel encore tourmenté, je me dirige vers le Saint-Sépulcre une dernière fois, ramené vers ce lieu par un sentiment qui ne se définit plus.

C'est l'heure plus désolée du crépuscule, l'heure où les lampes de nuit n'éclairent pas encore les basiliques, où tout est laissé dans l'obscurité,—et d'ailleurs presque sans surveillance, comme si, en pareil lieu, des profanations, des sacrilèges ne pouvaient jamais être osés.

Près de l'entrée, sur la «pierre de l'onction», une mère a posé son enfant de quelques mois et, avec un sourire de joie confiante, elle l'y fait rouler doucement, pour que toutes les parties de son petit corps aient touché le marbre saint.

Plus loin, il fait sombre, sombre,—et je vais à tâtons, frôlant des groupes indistincts, qui marchent sans bruit. Contre les piliers, contre les colonnes, des masses noires effondrées indiquent la présence des mendiants, des estropiés, des paralytiques, qui sont ici des hôtes éternels. Au-dessous du nuage d'encens qui, là-haut, recueille encore un peu de la lumière des coupoles, l'odeur de cadavre traîne, pesante et fade.

Par les détours, qui me sont familiers à présent, je refais jusqu'en bas, jusqu'à l'étrange crypte profonde de sainte Hélène, le même trajet qu'au lendemain de mon arrivée à Jérusalem, mais avec un cœur infiniment différent et plus durci, où l'émotion première, hélas! ne se retrouve pas.

Ensuite, revenu près du Sépulcre, je monte presque involontairement l'escalier qui mène à la chapelle haute, sur le Golgotha...

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Et là même pourtant, dans ce lieu des extases et des sanglots, il ne me semble pas que rien en moi puisse s'émouvoir encore. Tranquillement, j'examine l'autel, les trois croix dressées, les trois grandes images des pâles crucifiés qui se détachent en avant d'une sorte d'arc-en-ciel de vermeil; puis, le plafond très bas, naïvement peint comme un ciel bleu où sont des étoiles d'or et des anges, et des lunes à figure d'homme contemplant la terre. Une pénombre persiste, malgré les cierges et les lampes, dans cette chapelle cependant très petite. Il est tard, et il n'y a plus en ce moment que quelques femmes, assises, en pleurs, dans les coins obscurs.

Mais des gens, avant de quitter le Saint-Sépulcre, continuent de monter ici un à un, pour se prosterner et prier. Je m'appuie à un pilier voisin de l'autel et je les regarde venir.