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J'ai déjà remercié, au nom de ces veuves et de ces orphelins, les souscripteurs qui ont répondu à mon appel. J'ai à les remercier aussi pour moi-même, à cause de ce moment d'émotion très douce que je leur dois.
TANTE CLAIRE NOUS QUITTE
Ah! insensé, qui crois que tu n'es pas moi.
(V. Hugo.—Les Contemplations.)
Dimanche 31 novembre 1890.—Hier au soir, le pas douloureux a été franchi; la minute précise où l'on comprend tout à coup que la mort arrive, a été passée.
Ceux qui ont eu des deuils le connaissent sans doute tous, cet entretien décisif avec le médecin, sur qui on fixe des yeux sombres presque et irrités tandis qu'il parle. Ses réponses, d'abord obstinément quelconques, puis de plus en plus désolantes à mesure qu'on le presse, font leur chemin peu à peu, vous enveloppant de couches de froid successives qui pénètrent toujours plus avant—jusqu'au moment où l'on baisse la tête, ayant tout à fait entendu... On a envie de lui demander grâce comme si cela dépendait de lui, et en même temps on lui en veut de ne rien pouvoir...
Alors elle va mourir tante Claire...