Madame Prune, éplorée, renonce à se contenir: pauvre dame, je regrette vraiment beaucoup....
Chrysanthème est distraite et silencieuse....
Mais quel effrayant bagage! Dix-huit caisses ou paquets, de bouddhas, de chimères, de vases,—sans compter les derniers lotus que j'emporte aussi, liés en gerbe rose.
Tout cela s'entasse dans des voitures de djins, louées depuis le coucher du soleil, qui attendent à la porte, les coureurs endormis sur l'herbe.
Nuit étoilée, exquise.—Nous nous mettons en route aux lanternes, suivis des trois dames contristées qui nous reconduisent; par des pentes extrêmes, dangereuses dans cette obscurité, nous descendons vers la mer....
Les djins contretiennent de toutes leurs forces, en raidissant leurs jambes musculeuses: ces petites voitures chargées descendraient bien toutes seules, beau coup trop vite, si on les laissait faire, et se lanceraient dans le vide avec mes bibelots les plus précieux. Chrysanthème marche à côté de moi et m'exprime, d'une manière douce et gentille, son regret que l'ami si fabuleusement haut n'ait pas offert de me remplacer pour le service jusqu'au matin, ce qui m'aurait permis de passer cette dernière nuit sous notre toit:
—Écoute, dit-elle, reviens demain dans le jour, avant l'appareillage, me dire adieu; je ne retournerai chez ma mère que le soir; tu me trouveras encore là-haut.
Et je le lui promets.
Elles s'arrêtent à certain tournant d'où l'on découvre à vol d'oiseau toute la rade: les eaux noires, endormies, reflétant d'innombrables feux lointains; et les navires—petites choses immobiles qui ont forme de poisson, vues d'où nous sommes, et qui semblent dormir aussi,—petites choses qui servent à aller ailleurs, à aller très loin et à oublier.
Elles vont rebrousser chemin, ces trois dames, car la nuit est déjà avancée, et plus bas, les quartiers cosmopolites des quais ne sont pas sûrs, à cette heure indue.