«Ô ma chère fille, que le bon Dieu t'accompagne!» Et elle pleure à sanglots.

«Voyez-vous, ma fille, avec Yves, il faut être très douce, le prendre par le cœur; vous verrez que vous pourrez être heureuse avec lui. Moi, j'ai peut-être trop montré les gros yeux à son pauvre père. Dieu vous bénisse, ma chère fille!...»

Et les voilà, unies dans le même amour pour Yves, et pleurant ensemble.

«Allons, les femmes! Crie le conducteur, quand vous aurez fini de frotter vos museaux?»

Il faut arracher l'une de l'autre. Et Marie, rassise dans son coin, regarde en s'éloignant, avec ses yeux pleins de larmes, la vieille femme, qui s'est affaissée en sanglotant, sur une borne, tandis que petit Pierre, avec sa petite main potelée, lui fait adieu par la portière.


[LXVI]

1er janvier 1881.

Au fond de l'arsenal de Brest, un peu avant le jour, le premier matin de l'année 1881,—un lieu triste, ce fond de port; la Sèvre y était amarrée depuis une semaine.

En haut, le ciel avait commencé à blanchir entre les grandes murailles de granit qui nous enfermaient. Les réverbères, très rares, donnaient dans la brume leur dernière petite lumière jaune. Et on voyait déjà des silhouettes de choses formidables qui se dessinaient, éveillant des idées de rigidité méchante; des machines haut perchées, des ancres énormes dressant leurs pattes noires; toute sorte de formes indécises et laides, et puis des navires désarmés, avec leurs gigantesques tournures de poisson, immobiles sur leurs chaînes, comme de gros monstres morts.