Et il se dégageait, me bravant en face pour la première fois de sa vie, s'en allant pour rejoindre les autres.
«Aux fers?... Eh bien, oui, Yves, tu iras!»
Et j'appelai un sergent d'armes, lui donnant tout haut l'ordre de l'y conduire.
Oh! Ce regard qu'il me jeta en se rendant aux fers, obligé de suivre le sergent d'armes qui l'emmenait là, devant tout le monde, de descendre dans la cale avec ses beaux habits du dimanche!... Il était dégrisé, assurément; car il regardait profond et ses yeux étaient clairs. Ce fut moi qui baissai la tête sous cette expression de reproche, d'étonnement douloureux et suprême, de désillusion subite et de dédain.
Et puis je rentrai chez moi....
Était-ce fini entre nous deux? Je le croyais. Cette fois, je l'avais bien perdu.
Avec son caractère breton, je savais qu'Yves ne reviendrait pas; son cœur, une fois fermé, ne se rouvrirait plus.
Je venais d'abuser de mon autorité contre lui et il était de ceux qui, devant la force, se cabrent et ne cèdent plus.
...J'avais prié l'officier de garde de me laisser pour ce jour-là continuer le service, n'ayant pas le courage de quitter le bord,—et je me promenais toujours sur ces éternelles planches.
L'arsenal était désert entre ses grands murs.—Personne sur le pont.—Des chants très lointains, arrivant des basses rues de Brest.—Et, en bas, dans le poste de l'équipage, la voix des matelots de garde criant à intervalles réguliers les nombres du loto avec toujours ces mêmes plaisanteries de bord, qui sont très vieilles et qui les font rire: