Le père d’Yann s’était levé lui aussi pour l’accompagner un bout de chemin, jusqu’au delà de certain bas-fond isolé où de vieux arbres font un passage noir.
Pendant qu’ils marchaient près l’un de l’autre, elle se sentait prise pour lui de respect et de tendresse; elle avait envie de lui parler comme à un père, dans des élans qui lui venaient; puis les mots s’arrêtaient dans sa gorge, et elle ne disait rien.
Ils s’en allaient, au vent froid du soir qui avait l’odeur de la mer, rencontrant çà et là, sur la rase lande, des chaumières déjà fermées, bien sombres, sous leur toiture bossue, pauvres nids où des pêcheurs étaient blottis; rencontrant les croix, les ajoncs et les pierres.
Comme c’était loin, ce Pors-Even, et comme elle s’y était attardée!
Quelquefois ils croisaient des gens qui revenaient de Paimpol ou de Loguivy; en regardant approcher ces silhouettes d’hommes, elle pensait chaque fois à lui, à Yann; mais c’était aisé de le reconnaître à distance et vite elle était déçue. Ses pieds s’embarrassaient dans de longues plantes brunes, emmêlées comme des chevelures, qui étaient les goémons traînant à terre.
A la croix de Plouëzoc’h, elle salue le vieillard, le priant de retourner. Les lumières de Paimpol se voyaient déjà, et il n’y avait plus aucune raison d’avoir peur.
Allons, c’était fini pour cette fois... Et qui sait à présent quand elle verrait Yann...
Pour retourner à Pors-Even, les prétextes ne lui auraient pas manqué, mais elle aurait eu trop mauvais air en recommençant cette visite. Il fallait être plus courageuse et plus fière. Si seulement Sylvestre, son petit confident, eût été là encore, elle l’aurait chargé peut-être d’aller trouver Yann de sa part, afin de le faire s’expliquer. Mais il était parti et pour combien d’années?...
Chapitre IV
- Me marier? Disait Yann à ses parents le soir, — me marier? Eh! donc, mon Dieu, pour quoi faire? — Est-ce que je serai jamais si heureux qu’ici avec vous; pas de soucis, pas de contestations avec personne, et la bonne soupe toute chaude chaque soir, quand je rentre de la mer... Oh! je comprends bien, allez, qu’il s’agit de celle qui est venue à la maison aujourd’hui. D’abord, une fille si riche, en vouloir à de pauvres gens comme nous, ça n’est pas assez clair à mon gré. Et puis ni celle-là ni une autre, on, c’est tout réfléchi, je ne me marie pas, ça n’est pas mon idée.