Nuit de tempête. Il vente à décorner les bœufs. Je suis un peu en bordée et fort inquiet de ce qui se passe à bord, où l'on pourrait s'apercevoir de mon absence.

Toute la nuit, le vent secoue terriblement notre vieille maison de Recouvrance, les tuiles dégringolent et s'aplatissent sur les pavés de la rue.

Le chat de la propriétaire miaule à notre porte jusqu'au jour... Musique et situation lamentables.

Yves me quitte à quatre heures du matin. Je suis inquiet de son retour à bord. La pluie tombe par torrents, le vent souffle de plus belle.

A sept heures, j'arrive au grand pont de Recouvrance. La tempête est en pleine furie. Mais Yves est là; il a pu venir me prendre avec sa chaloupe. Il y a foule sur le pont et sur les quais,—des marins, des femmes, qui regardent avec inquiétude la rade toute blanche d'écume.

En m'apercevant, Yves court à moi, très agité:

—On désarme le Tonnerre! dit-il. La dépêche vient d'arriver de Paris et nous entrerons dans le port dès demain.

20 juin.—Le Tonnerre est rentré dans le port de Brest. Encore une campagne terminée. Je suis de garde à bord tout le matin. La pluie ne cesse pas.

L'après-midi, j'attends Yves dans ce logis de Recouvrance que nous devrons bientôt quitter pour toujours. Il n'arrive qu'à cinq heures et demie. «Retard pour décharger la cale», déclare-t-il.

Comme je veux son portrait, je l'emmène chez Bernier, le photographe. Yves fait beaucoup de cérémonie pour poser; il prétend qu'il a la figure trop noire et se tient fort mal.