Nous rentrons le soir à bord par une pluie battante. Yves est en bourgeois, chose tout à fait prohibée...

21 juin.—Journée agitée; belle et heureuse journée pour Yves. Je descends à terre à huit heures du matin, je vais trouver le commandant de la division et j'obtiens pour Yves son changement de quartier.

A deux heures, le conseil d'avancement se réunit à bord du Tonnerre. Conseil très discuté et très orageux. Yves a pour lui naturellement tous les officiers, moi en tête,—contre lui le commandant en second, travaillé en sous-main par les trois maîtres de la Médèe.

Le commandant en chef ne dit mot, laisse la discussion continuer, très passionnée et très violente; puis se tourne vers moi en souriant:

—Kermadec aura cinq voix tout de même, dit-il avec son grand calme, puisque je lui donne la mienne.

La partie est gagnée. Yves est porté à la première classe de son grade.

Une heure plus tard, j'obtiens encore, pour mon ami, contre tout espoir, son débarquement immédiat du Tonnerre. Il n'a plus rien à désirer; il pourra partir demain pour Toulven, ou l'attend le petit goéland, son fils.

Nous quittons le bord à cinq heures, Yves heureux comme un roi, emportant son sac.

Rendez-vous après le dîner à la foire de Brest; pour la dernière fois, jeu de massacre des innocents, chevaux de bois, etc. Yves, qui est ordinairement si grave, est gai, ce soir, comme un enfant; il fait un tas de sottises très comiques et triche à tous les jeux.

22 juin.—Matinée d'adieux à bord du Tonnerre. Tout le monde se débande et le bateau finit...