Un paquet de fourrures, que l'on avait caché, excita notre curiosité, mais, quand nous voulûmes y porter la main, des femmes se jetèrent sur nous avec des menaces et des cris. C'étaient deux tout petits enfants, endormis dans des peaux de renard. Nous vîmes que ces mères possédaient, au même degré que les animaux, l'amour de leurs petits, ce qui les releva beaucoup à nos yeux.

Les côtes Sud de la Terre-de-Feu, balayées par les rafales de neige et les vents terribles du large, sont, elles, partout dénudées; et les îles les plus australes du groupe, celle entre autres qui renferme le cap Horn, n'offrent guère que des roches nues, abandonnées aux pingouins et aux phoques. Ce sont de dangereux parages, sans cesse battus par une mer énorme et très redoutés des marins.

Au milieu de ces tristes contrées, la Terre de Désolation présente des aspects plus particulièrement navrants et justifie en tous points le nom qu'elle a reçu. La végétation y est frêle et rare et on s'y promène dans de grandes solitudes mornes, couvertes de lichens; de loin en loin, quelques forêts d'arbres caducs ou même d'arbres morts, dont les squelettes, blanchis et tordus par le vent, affectent des formes étranges; toujours un froid sombre et humide. Rien de vivant d'ailleurs, et perpétuellement le même terrible silence.

[À BORD DU VAUDREUIL]

Cap Horn, octobre 1871.

Un jeune phoque s'ébattait joyeusement le long du bord et rien cependant ne semblait justifier une telle gaieté. Nous étions au mouillage entre de hautes falaises grises et nues; le terrible vent du cap Horn sifflait sur nos têtes, chassant très vite, dans le ciel déjà sombre, de gros nuages noirs, et on entendait, derrière les tristes rochers qui nous abritaient du large, les vagues faire leur grand tapage de mauvais temps. La houle nous secouait jusqu'au fond de cette baie lugubre, où la mer, d'un vert foncé et froid, était zébrée de longues traînées d'écume blanchâtre.

Tout était sinistre et sentait l'exil autour de nous, même les familles de pingouins au ventre blanc qui s'alignaient sur chaque îlot.

Mais le jeune phoque faisait force gambades dans l'eau glacée, et sa gaieté était touchante, au milieu d'un tel paysage.

Il avait un joli corps brun, bien dodu et luisant comme une agate polie. Entre deux plongeons, on voyait émerger sa petite tête maligne, ornée de belles moustaches de gros chat; il soufflait, alors, en s'ébrouant, comme font les enfants qui se baignent, pour débarrasser leur nez des gouttelettes d'eau.

Les matelots s'étaient mis à lui lancer des débris de poisson, qu'il attrapait au vol, avec une adresse de jeune clown. Ensuite, comme pour les remercier, il leur donnait la comédie, en se livrant sur les lames à une quantité de sauts et de gentilles farces: on aurait dit vraiment qu'il faisait cela pour la galerie, pour amuser ses bienfaiteurs.