De tels personnages cadrent bien avec les sites étrangement sauvages qu'ils habitent et l'on peut, au milieu d'eux, se croire transporté à l'époque reculée de l'homme préhistorique. Sous leur ciel noir, dans leurs forêts primitives, d'autres hommes feraient moins bien et l'effet en serait moins saisissant.
[À BORD DU VAUDREUIL]
Octobre 1871.
Les premières belles journées d'octobre, l'avril du printemps austral, apportent maintenant à toute cette nature un charme moins sévère.
Des sites d'une rare splendeur se réfléchissent dans l'eau calme. Tous les oiseaux de mer du Sud, les grands albatros, les damiers et les pétrels gris suivent en masse le navire dans sa course tranquille et décrivent des courbes folles autour de lui.
Notre dernière relâche est au Havre-Eden, une baie ravissante qui précède le golfe de Peñas,—et puis, notre mission terminée, nous reprenons en pleine mer le chemin du Pérou[4].
[4]On trouve ici, dans le journal, le récit d'une escale à l'Ile de Pâques, déjà publié dans _Reflets sur la sombre route_, et ensuite, tout le manuscrit du Mariage de Loti.
[FRÉGATE LA FLORE]
Valparaiso, 23 juillet 1872.
Nous sommes arrivés ce matin de notre cher Tahiti, après une traversée rapide, et j'ai été surpris de retrouver ici une foule d'impressions que j'y avais laissées sans m'en douter... Pourtant, c'est toujours un peu la même chose, on éprouve en tout lieu certaines impressions intraduisibles, elles dépendent beaucoup des circonstances et sont surtout particulières au climat, aux aspects du pays, au parfum de la campagne. En partant, on en emporte quelques-unes avec soi; mais toujours on en laisse, qu'on ne retrouve que plus tard, quand on revient.