Rochefort, 25 avril 1873.

«Mon cher frère,

»Je m'occupe à arranger convenablement, dans notre petit musée, nos coraux et nos souvenirs de Tahiti, pour que tu trouves tout en bon ordre quand tu viendras; mais si tu ne dois pas venir, je pense que je n'aurai jamais le courage de continuer et que je laisserai tout en l'air.

»Ma sœur est partie hier. Le semblant d'été que nous avions depuis quelques jours est parti lui aussi; ce matin, nous sommes retombés en hiver, avec un temps gris et presque froid: tu sais que cela ne contribue pas à me rendre gai et à me faire envisager l'avenir sous des couleurs attrayantes.

»Et puis, surtout, une fois enseigne, je crains d'avoir dit adieu à Tahiti pour toujours.»

[DU MÊME AU MÊME]

Cherbourg, 27 juin 1873.

«Cher frère

»Je t'écris de ta chambre de l'Hôtel du Nord que, dans une heure, je vais quitter avec peine, parce qu'elle est encore toute pleine de ton souvenir. Il n'y a pourtant plus ce désordre qui faisait sentir ta présence, mais j'ai toujours devant moi la rade, et, au premier plan, ton jardin, avec la nymphe au milieu; je me suis attaché à tout cela à cause de toi. Depuis ton départ, j'ai été très occupé, ce qui a été un bonheur, car je n'ai guère eu le temps de réfléchir.

»A Paris, samedi dernier, j'ai eu des nouvelles de Tahiti par V..., le fils du missionnaire, que j'ai rencontré se promenant devant la Maison Dorée».