Puis, nous voyons arriver une troupe de petits bébés de trois ou quatre ans, tous d'un joli brun rouge, bien ronds et bien luisants; ils exécutent, au son du tam-tam, une danse de caractère très compliquée, avec des attitudes étudiées et une gravité de grandes personnes.
La réception terminée, il faut nous entretenir avec Babou Manguil de nos achats, qui seront ici de fines nattes du pays et que nous devrons lui payer en bonne monnaie d'argent.
La discussion du marché est longue, mais se fait d'une manière courtoise; les femmes y prennent part et le public est tout oreilles; au bout d'une demi-heure, le prix est tombé de moitié et l'affaire est conclue.
[À BORD DU PÉTREL]
Dakar, décembre 1873.
Un matin, nous partîmes pour Dakar N'Bango, dans une barque montée par huit rameurs noirs. Une idée drôle, de faire des parties de campagne dans un tel pays! Il y avait avec nous trois Françaises de Dakar.
A la hauteur de Pop-N'Kior, nous laissons le grand fleuve aux eaux jaunes pour nous enfoncer dans le dédale des marigots sénégalais.
Dakar N'Bango se trouve perdu au fond des marais insalubres; il y a une case abandonnée dont on nous a confié la clef pour nous y établir aujourd'hui; quelques lauriers-roses croissent à l'entour; mais cette case est située au milieu d'un bois où, chose exceptionnelle pour le Sénégal, le sol est rocailleux.
Nous passons là tout le jour.
Le soir, nous parcourons le bois. Le ciel a des teintes d'automne, le soleil descend derrière de calmes nuages roses; on dirait presque une belle et fraîche journée d'octobre de France.