Sénégal, avril 1371.

Nos nouveaux amis les Touareg nous ont décidément acceptés dans leur bande, et tout le jour, en leur compagnie, nous avons parcouru d'immenses pays déserts.

Le vent brûlant, qui soufflait avec violence sur les dunes, nous criblait de sable; nous cheminions dans un nuage d'or éblouissant. Nos chameaux affolés, plus dégingandés encore que de coutume, cabraient leurs longs cous et n'avançaient que d'un trot inégal.

Il y avait du sable partout, dans nos yeux, dans tous les plis de nos vêtements, dans le poil de nos bêtes.

Nous devions faire bien, au milieu de ce paysage, avec nos grands burnous sombres, battant au vent, et nos figures brunies par le soleil d'Afrique, que des voiles cachaient en partie, à la mode touareg. Le fait est que l'on ne nous distinguait guère de nos compagnons du Moghreb.

Le soir, quand notre caravane passa devant le village de Touroukambé, les nègres, qui considèrent les Touareg comme des hommes fétiches, se rangèrent sur notre route avec des airs de frayeur respectueuse. Ils nous embrassèrent les mains et nous demandèrent des amulettes.

[À BORD DE L'ESPADON]

Sénégal, mai 1874.

Le 25 mai, je quittais le Pétrel. On arma pour moi le canot d'honneur, comme c'est d'usage lorsque des officiers partent. Quatre enseignes y montèrent et je fus accompagné par eux à bord de l'Archimède, qui devait m'emmener rejoindre à Dakar mon nouveau navire l'Espadon.

L'Archimède était un vieux bateau de la côte d'Afrique, réarmé à la hâte, après avoir passé plusieurs années à pourrir dans le fleuve du Sénégal. Il était encombré ce jour-là de passagers et de passagères,—de pauvres femmes qui avaient voulu suivre leur mari aux colonies et qui s'en retournaient malades en France. C'était, comme de coutume, un grand tapage de visites et d'adieux.