C'est ainsi cependant qu'il devait mourir; il était de cette race d'hommes à part qui ont fait, dans leur existence bizarre, leur pays du Sénégal, leur patrie des déserts de sable.

Mon ami Brémont avait quelques dettes à Saint-Louis, on a dû vendre à des mulâtresses ses effets, ses armes, son singe et son chien... C'est ainsi que finissent les spahis...

Joinville, 21 mars 1875.

Le journal le XIXe siècle annonce que l'expédition dirigée par mon ancien camarade de l'École navale Brazza, enseigne de vaisseau et prince romain, partira le 1er septembre pour Dakar, où l'attend le transport le Loiret. L'expédition doit remonter le grand fleuve Ogooué et explorer par là le centre Afrique.

Il y a un an, à Dakar, Brazza m'exposait son projet téméraire et j'étais fort ébranlé pour le suivre; je lui avais même promis ma grande chienne Coura-gaï, à laquelle nous avions reconnu des aptitudes spéciales comme bête de garde pour les campements.

Aujourd'hui, à Joinville, neige et givre... Pourquoi ne suis-je pas parti avec mon ami Brazza! Qui me rendra le grand soleil d'Afrique, même celui de l'Ogooué!

Joinville, 26 mars 1875.

J'essaie de reprendre goût à la vie et je n'y réussis pas... On se lasse de tout, même de la douleur, et la mienne s'en va, mais rien ne la remplace, rien que le sentiment du vide et l'immense ennui de vivre...

L'image chérie de celle qui m'a abandonné s'efface; je prends mon parti de l'étrange situation qui m'est faite dans ce monde et le sinistre Mané, Thecel, Pharès! ne m'effraie plus...

D'ailleurs la santé m'est revenue, mes muscles se développent terriblement, par excès de gymnastique, et la vie déborde.