—Un peu mince, peut-être, cousin? demandai-je inquiet.
—Oh! monsieur, mais si bien fait, la poitrine bombée et les épaules droites; quel dommage que monsieur ne soit point des nôtres...
Avec une certaine complaisance, je contemple ce corps que j'ai façonné moi-même et transformé par l'exercice; les muscles font saillie partout, dessinés en relief sur l'étroit maillot. Un vieux saltimbanque, consommé dans les coquetteries du métier, augmente cet effet en estompant légèrement les ombres de mes muscles au fusain; cette étrange toilette anatomique dure vingt minutes.
Le régisseur vient nous chercher:
—C'est à ces messieurs, dit-il.
Je ne suis pas timide, mais ce rôle nouveau me cause une terrible appréhension...
La musique commence: un prélude vif et entraînant. J'entre en scène. Applaudissements frénétiques. Trois saluts. Huit cousins se précipitent sur mes pas. Mes pieds touchent à peine le sol élastique; mes muscles se détendent comme des ressorts: le succès est tout de suite assuré...
Voltige, sauts périlleux à l'endroit et à l'envers, pyramide humaine, équilibre vertigineux, représentation combinée pour faire briller mes talents de leur plus vif éclat...
Le vrai public, inquiet un instant de cette cabale et de ce masque, est enlevé à son tour et applaudit à tout rompre. C'est un vrai succès, les bouquets pleuvent avec des oranges et des jouets d'enfant. Trois rappels, trépignements, triomphe d'un quart d'heure. Les écuyères sortent elles aussi de leur loge pour m'acclamer; la situation est enlevée d'assaut...
Discours de M. le régisseur pendant qu'on me déshabille, allocution tragique déclamée comme les imprécations de Camille.