[2]Cette histoire, écrite par Pierre Loti longtemps plus lard, a été publiée dans Fleurs d'ennui.
[À BORD DU VAISSEAU LE JEAN-BART]
Danemark, septembre 1870.
8 heures du soir.—Au mouillage devant une île danoise dont je ne sais pas le nom. Le temps est calme. Des nuages d'un violet foncé voilent en partie un ciel jaune pâle.
L'île paraît entièrement couverte de hautes et épaisses forêts, semblables à celles de la Suède: des chênes du Nord, des sapins et des bouleaux séculaires. Les personnages de la vieille mythologie Scandinave se présentent vivement à mon esprit...
Nous étions hier soir à Copenhague, on y fêtait le succès de Bazaine à Toul. Les jardins de Tivoli, illuminés au milieu des fleurs, ressemblaient à nos Champs-Elysées, les nuits de fête...
Il y avait là concert au profit des blessés de l'armée française; nous y étions, et nos uniformes attiraient tous les regards.
Nous avons demandé la Marseillaise; alors nous est apparue, le drapeau français à la main, une femme vraiment belle et imposante, vêtue comme les «libertés» de 93; elle s'est tournée vers nous et a chanté cette Marseillaise en grande artiste. Nous l'avons écoutée debout, transportés...
Puis nous avons envoyé des fleurs à la belle cantatrice, et le public nous a applaudis; on nous avait vus émus, on était satisfait[3]....
[3]Toute la partie du Journal de Pierre Loti relative à sa campagne de guerre dans la mer du Nord, en 1870-1871, a été perdue.