«Mère chérie,
»J'ai reçu une lettre de ma sœur où elle me dit que cette histoire de la Trappe t'a beaucoup tourmentée. S'il en était ainsi, cela me désolerait. Je pensais que tu n'y aurais vu que ce qu'il fallait y voir: une fantaisie passagère sans conséquence.
»Je reste attaché, au moins par le cœur, à la religion huguenote; tu peux être absolument tranquille là-dessus.
»Je vous embrasse bien.»
La Trappe, février 1878.
... Une après-midi d'hiver, je suis venu demander l'hospitalité dans cet étrange asile...
Il y avait un rayon de soleil sur les bois, sur la campagne, sur le vieux monastère; la nature souriait tristement, c'était silencieux et paisible...
J'ai reçu un accueil fraternel de la part de ces hommes singuliers, qui prétendent ne plus souffrir et qui ont cependant assez souffert pour me comprendre...
Le supérieur du couvent,—homme jeune encore, en robe blanche, avec la croix et le cordon violet des évêques sur la poitrine,—vint lui-même me conduire dans la cellule qui m'était destinée. Il ouvrit la fenêtre et me montra la campagne triste, des collines, des arbres et un vieux donjon noir. Puis il s'assit près de moi et se mit à causer longuement, avec un charme et une douceur extrêmes...
Mais je vis tout de suite, trop clairement, l'inanité de leurs moyens, même pour endormir un instant la douleur...