»Il faut absolument que tu descendes à terre ce soir, va-t'en trouver l'officier de garde et dis-lui que je te veux pour six heures. Débrouille-toi. J'ai de grands projets et nous chavirerons la rue «des Coups de triques» et celle des «Sept Saints». Tu auras le droit de boire un peu, par exception. Je suis terriblement triste et j'ai besoin de tapage; tu m'en feras faire.
»Tu n'auras qu'à montrer ma lettre à l'officier de garde, quel qu'il soit. Si tu manques le canot de cinq heures et demie, je t'en enverrai un autre.
»En arrivant à terre, cours vite chez nous te changer en bourgeois et viens me rejoindre à six heures et demie au Cabaret de l'Ancre verte.
»Nous serons quatre; il y aura le grand Barada qui est de tes amis et un nouveau, un capitaine au long cours du baleinier américain, lequel est tout à fait de notre trempe et te plaira, j'en suis sûr.
»Adieu, frère. Débrouille-toi.»
[LETTRE DE PIERRE LOTI A PLUMKETT]
[À BORD DU TONNERRE]
Brest, 20 juin 1878.
«Mon cher Plumkett,
»Depuis que je suis sorti de ce triste Lorient, cela va mieux; le printemps est arrivé, les objets qui m'entourent sont moins sombres et je retrouve moi-même beaucoup de vie.