[Note 622: ][ (retour) ] Voy. Philippe Villani, Vite d'uomini illustri fiorentini, traduites du latin en italien, par Mazzuchelli, p. 61; et Tirab. ub. supr.

[Note 623: ][ (retour) ] Elegia de diversitate fortunœ et philosophiœ consolatione. Il est bon d'observer que dans tout ce poëme, où l'auteur se plaint sans cesse, il ne dit rien de la cause de ses malheurs; il le termine même en s'adressant à l'évêque de Florence, à qui il fait des protestations d'un attachement éternel. Tiraboschi en conclut que ses infortunes avaient une tout autre cause que celle qui est rapportée par Villani, quoiqu'il soit impossible de conjecturer ce que ce pouvait être. Il est vrai que ces protestations d'attachement qui remplissent les huit derniers vers, sont très-fortes, et ne sont mêlées d'aucun reproche apparent; peut-être cependant l'exagération même équivaut-elle ici à un reproche, car on ne voit non plus ni dans cette pièce ni ailleurs, quelles si grandes obligations le poëte pouvait avoir à l'évêque, pour lui dire: Adieu, je suis à vous; après ma mort, croyez que mon âme sera encore à vous: vivant ou mort, je vous aimerai toujours; mais l'amour d'un vivant vaudrait mieux que celui d'un mourant.

Ergo vale, Prœsul. Sum vester. Spiritus iste
Post mortem vester, credite, vester erit.
Vivus et extinctus te semper amabo; sed esset
Viventis melior quam morientis amor
.

N'y a-t-il pas même dans cette fin une espèce d'ironie amère qui renferme un reproche? Quel sel, et même quel sens peuvent avoir ces deux derniers vers, si elle n'y est pas?

[Note 624: ][ (retour) ] Ubi supr. p. 348.

[Note 625: ][ (retour) ] La première édition devait paraître en Allemagne, en 1684, in-4º., d'après un manuscrit de la Bibliothèque Laurentienne de Florence, communiqué par le célèbre Magliabecchi à Christian Daum; mais celui-ci mourut, l'édition resta imparfaite, ou du moins n'a jamais paru. Leiser fut donc le premier à publier ce poëme, dans son Historia poetarum medii ævi, 1721, in-8º. Mazzuchelli nous apprend, dans une note sur la vie de Henri de Settimello, qu'il existe à Florence, un exemplaire de l'édition qui devait paraître en 1684, avec des notes marginales de Magliabecchi, dans la bibliothèque de ce savant, réunie à la Laurentiennne. Vite d'Uomini ill. Fior. Scritte da Filippo Villani, etc., pag. 63.

[Note 626: ][ (retour) ] Cette dernière édition fut donnée par Manni, à Florence, en 1730, in-4º. La traduction italienne lui donne du prix; elle est souvent citée dans le Vocabulaire de la Crusca.

Les autres poésies latines du même siècle, ou poésies rhythmiques, comme on les appelait alors, sont encore plus mauvaises; et comme elles n'ont point usurpé la même renommée, nous pouvons nous dispenser d'en parler, pour revenir à la poésie italienne. Nous l'avons vue naître en Sicile, sous un poëte roi, et jeter, dès sa naissance, un grand éclat. Ce qui peut en donner la plus haute idée, c'est que, dans le siècle suivant, un auteur, dont le sentiment est d'un grand poids, Dante, disait que la poésie et la littérature entière d'Italie s'appelait Sicilienne, parce que tout ce qui s'écrivait de plus exquis venait de la cour de Sicile [627].

[Note 627: ][ (retour) ] Dante Alighieri, de Vulgari eloquentiâ.

L'exemple que donnait cette cour, l'accueil et les distinctions qu'elle accordait aux poëtes, les multiplièrent. On a conservé les noms et quelques poésies de plusieurs d'entre eux. Celles du commencement du siècle ont les mêmes formes et à peu près le même style que celles de Frédéric II et de son chancelier, dont nous avons parlé dans ce chapitre. La plupart de ces noms sont obscurs. On n'y distingue guère que ceux d'un Odo delle Colonne, frère ou cousin de Guido, l'historien du siège de Troie, lequel était aussi poëte; d'un Arrigo Testa da Lentino, qui était notaire; d'un Jacopo, du même lieu et de la même profession; d'un Stefano, protonotaire de Messine; d'un Mazzeo di Ricco, et quelques autres. Le savant Léon Allacci a réuni leurs poésies à la fin de son recueil d'anciens poëtes [628]. On y voit, comme dans celles de Ciullo d'Alcamo, de Frédéric II, et de Pierre des Vignes, la langue et l'art des vers à leur berceau. Les pensées en sont communes, le style incorrect et grossier, mêlé de sicilien et de provençal. Les chansons ont presque toutes la forme que leur avaient donnée les Troubadours; mais le sonnet a constamment celle qu'il a conservée depuis, ce qui confirme l'opinion de son origine sicilienne. On ne peut donner qu'une idée très-légère de ces premiers bégaiements poétiques. Il faut, en les lisant, lutter à la fois contre la barbarie et l'obscurité du langage, et contre les fautes typographiques les plus grossières, et le texte le plus corrompu [629]. Bornons-nous à quelques traits moins communs et un peu plus ingénieux ou plus singuliers que le reste.

[Note 628: ][ (retour) ] Poeti antichi raccolti da codici manoscrit, etc. Napoli, 1661, in-8º. p° 8ª.

[Note 629: ][ (retour) ] Il est presque incroyable qu'un savant tel que l'Allacci, ait fait paraître sous son nom une édition si honteusement irrégulière. On sait que ses ouvrages d'érudition, qui sont tous en latin, portent le nom de Leo Allatius. Ce recueil de poésies, et sa Dramaturgie, sont les seuls qui aient paru avec son nom italien. Ayant été successivement bibliothécaire du cardinal Barberini, et du Vatican, sous Urbain VIII, qui était de cette maison, il trouva parmi les manuscrits de ces deux bibliothèques, des poésies italiennes du premier âge. Il les publia, avec une préface qui contient des détails curieux; mais les originaux étaient pleins de lacunes, et sans doute de fautes: il dut les faire copier; les erreurs s'y multiplièrent: il négligea probablement de revoir ces copies, et de corriger l'impression. Il est impossible d'expliquer autrement le nombre et la grossièreté des fautes qu'on y trouve. Il eût suffi, pour en éviter une partie, de faire attention à la rime. Par exemple, dans une chanson de Guido delle Colonne, dont les strophes sont de neuf vers, et dont les deux derniers vers riment ensemble, on lit à la fin de la quatrième strophe, p. 422:

Che se Morgana fosse infru la gente
In vero madonna non paria natare
;

Ce qui est absolument dépourvu de sens; mais lisez au dernier vers:

In ver madonna non paria neinte,

comme on disait alors au lieu de niente; vous entendrez facilement ce que dit le poète, que si Morgane (la plus belle des fées) était encore au monde, elle ne paraîtrait rien au prix de sa Dame. Ce qui devait forcer, en quelque sorte, l'éditeur de rétablir cette leçon, c'est que dans cette chanson chaque strophe reprend pour son premier mot le dernier mot de la strophe précédente, forme toute provençale, et que la cinquième strophe, qui est la dernière a pour premier vers:

Neinte vole amor senza penare.

On pouvait, au simple coup-d'œil, et par la même méthode, corriger une grande partie des fautes à peu près de même espèce qui défigurent cette édition, devenue rare, et toujours précieuse par un grand nombre d'anciennes pièces qu'on ne trouve point ailleurs.