Maravigliosamente
Un amor mi distringe [C],
E soven, ad ogn' hora
Com' omo che ten mente
In altra parte, e pigne
La simile pintura,
Cosi, bella, faccio eo;
Dentro a lo core meo
Porto la tua figura.
[Note C: ][ (retour) ] Il faudrait ici distrigne, à cause de la rime du troisième vers suivant, ou bien à ce troisième vers, il faudrait pinge, et non pas pigne.
Havendo gran disio
Dipinsi una figura,
Bella, voi somigliante;
E quando voi non vio,
Guardo quella pintura, etc.
Mia canzonetta fina,
Tu canta nova cosa:
Muoviti la mattina
Davanti alla più fina
Fiore d'ogni amoranza.
Bionda più che auro fino,
Lo vostro amor da caro
Donate lo al notaro
Ch'è nato da Lentino.
Les sonnets ont, comme je l'ai dit, la forme à peu près aussi régulière que ce genre de poésie l'eut dans le siècle suivant. Seulement, entre les imperfections du style, l'idée n'y est pas aussi bien conduite, et les tercets tombent presque toujours languissamment et gauchement. Déjà aussi, l'on y remarque une certaine recherche de pensées, un goût pour des similitudes peu naturelles et pour des comparaisons tirées de loin, qui naquit pour ainsi dire avec ce genre, d'où il se répandit dans tous les autres. «Celui qui n'aurait jamais vu de feu, dit le notaire poëte dans son premier sonnet, ne croirait pas qu'il pût brûler; son éclat, lorsqu'il l'apercevrait, lui paraîtrait au contraire un objet d'amusement et un jeu; mais, s'il le touche en quelque endroit, il verra bien qu'il brûle cruellement. Le feu d'amour m'a un peu touché; maintenant il me brûle, etc. [639]. En regardant, dit-il, dans le second, le basilic venimeux qui fait périr l'homme par son regard, et l'aspic, cet envieux serpent, qui, par ruse, donne la mort, et le dragon qui est si rempli d'orgueil qu'il ne laisse jamais échapper ceux qu'il a pu saisir, je leur compare l'amour, qui est une source de douleur, qui tourmente et fait languir [640]». Dans le troisième, une dame et l'amour passent, en courant, par ses yeux, et pénètrent dans son âme avec tant de force que l'âme sent la dame aller se reposer dans son cœur; et cette âme charge un soupir douloureux d'aller annoncer au dehors ce qu'elle a souffert, lui qui en a été témoin [641]. Dans plusieurs autres sonnets, il s'exprime d'une manière aussi métaphysiquement alambiquée que quelques Troubadours, comme nous l'avons vu, l'avaient fait avant lui, et que le firent malheureusement, depuis, les meilleurs lyriques italiens, sans en excepter le plus grand de tous.
Chi non havesse mai veduto foco
Non crederia che cocer potesse;
Anzi li sembreria solazzo e gioco
Lo suo splendor, quando lo vedesse:
Ma se lo toccasse in alcun loco
Ben gli sembreria che forte cocesse.
Quello d'amore m'a toccato un poco,
Molto mi coce, etc.
Guardando il basilisco velenoso
Col suo guardare face l'huom perire,
E l'aspide, serpente invidioso
Che per ingegno altrui mette a morire,
E lo dracone che è si orgoglioso,
Cui elli prende non lassa partire,
Alloro assembro l'amor che è doglioso
Che altrui tormentando fa languire.
Per gli occhi mei una donna ed amore
Passar correndo e giunser nella mente
Per si gran forza che l'anima sente
Andar la donna riposar nel core.
Pero si move a dir: sospir dolente
Vacci fuor tu ch'udisti quel dolore, etc.
Nous avons vu aussi des Troubadours mêler le sacré avec le profane, préférer la présence de leur dame aux joies du paradis, et renoncer à ce lieu de délices, s'il faut qu'ils ne l'y voient pas. Un sonnet du même poëte dit absolument la même chose: il y déclare que, sans sa dame, le paradis ne lui ferait aucun plaisir. «J'ai résolu dans mon cœur, dit-il, de servir Dieu, afin de pouvoir aller en paradis, dans ce saint lieu où j'ai entendu dire qu'existent pour toujours le plaisir, les jeux et les ris. Je n'y voudrais pourtant pas aller sans ma dame, sans celle qui a la tête blonde et un si beau teint, car je ne pourrais jouir de rien si j'étais séparé d'elle. Je ne dis pas que je voulusse y faire d'autre péché que de voir son noble maintien, son beau visage et son tendre regard; mais j'éprouverais un grand bonheur à la voir elle-même comblée de joie [642].
[Note 642: ][ (retour) ] Je mettrai ici le sonnet entier, tant à cause de sa singularité, que parce que, si le style en a vieilli, la forme en est meilleure, et la conduite mieux soutenue que celle des autres.
Io m'agio posto in core a Dio servire
Com'io potesse gire in Paradiso,
Al santo loco c'agio audito dire
Ove si mantiene sollazzo, gioco e riso.
Senza la mia donna non vi vorria gire
Quella c'a la blonda testa el claro viso,
Che senza lei non porzeria gaudire
Estando da la mia donna diviso.
Ma non lo dico a tale intendimento
Perche peccato ci volesse fare
Se non vedere lo suo bello portamento.
E lo bello viso el morbido sguardare;
Che lo mi tiria in gran consolamento
Vegendo la mia donna in gioia stare.