Poi guardo l'amorosa e bella bocca,
La spaziosa fronte, e il vago piglio,
Li bianchi denti, e il dritto naso, e il ciglio
Polito e brun, tal che dipinto pare.
Cosi di quella bocca il pensier mio
Mi sprona perchè io
Non ho nel mondo cosa che non desse
A tal ch'un si con buon voler dicesse.
Apri lo'ngegno:
Se le parti di fuor son così belle,
L'altre che den parer che s'asconde e copre?
Che sol per le belle opre
Che fanno in cielo il sole e l'altre stelle
Dentro in lui si crede il Paradiso,
Così se guardi fiso,
Pensar ben dei ch'ogni terren piacere
Si trova dove tu non puoi vedere.
[Note 726: ][ (retour) ] On peut difficilement méconnaître dans tous ces discours du penser sur les beautés cachées, la source où le Tasse a pris l'idée de cet amoroso pensier qui pénètre dans tous les secrets des beautés d'Armide, qui s'y étend, qui les contemple, et vient ensuite les décrire et les raconter au désir. Gérusal. liber., c. IV, st. 31 et 32.
Soave a guisa va di un bel pavone,
Diritta sopra se, come una grua.
Dans une canzone, qu'on voit qu'il fit pendant la maladie de Béatrix, il s'adresse à la Mort pour tâcher de la fléchir: chacune des cinq grandes strophes, dont cette pièce remplie de très-beaux vers est composée, commence par une invocation à la Mort, et contient toutes les raisons que son esprit peut trouver pour arrêter le coup fatal. «Hâte-toi, lui dit-il enfin, si tu dois te laisser toucher; car je vois déjà le ciel s'ouvrir, et les anges de Dieu descendre pour emporter avec eux l'âme sainte [728]». La Mort fut inflexible, et le poëte déplora cette perte cruelle par une canzone, dont plusieurs vers dans chaque strophe commencent par l'exclamation plaintive Oimè, hélas!--Hélas! ces tresses blondes, dont l'or brillait avec tant d'éclat! Hélas! cette belle figure et ces yeux au doux regard! hélas! cet aimable sourire [729]! etc. Figure de style vive et expressive, si elle était moins répétée, et que je remarque surtout ici, parce qu'elle paraît avoir été imitée par Pétrarque, après la mort de Laure [730].
Morte, deh! non tardar mercè, se l'hai;
Che mi par già veder lo cielo aprire,
E gli angeli di Dio quaggiù venire
Per volerne portar l'anima santa.
Oimè lasso, quelle trecce bionde
Dalle quali rilucieno
D'aureo color gli poggi d'ogni intorno;
Oimè, la bella cera, e le dolci onde
Che nel cor mi sidieno
Di quei begli occhi al ben segnato giorno;
Oimè, il fresco ed adormo
E rilucente viso;
Oimè lo dolce riso, etc.
Oimè il bel viso, oimè il soave sguardo,
Oimè il leggiadro portamento altero,
Oimè'l parlar ch'ogni aspro ingegno e fero
Faceva humile e d'ogni huom vilgliardo;
Ed oimè il dolce riso, etc.C'est le premier sonnet de la seconde partie.
Une ode ou canzone que Dante composa dans son exil contient une fiction singulière, où l'on voit l'état de son âme, fière dans le malheur, et qui le préfère au vice et à la honte. C'est un très-beau morceau de poésie morale. L'amour habite dans son cœur, dont il est toujours maître: trois femmes se présentent pour y chercher asyle [731]; leurs habits sont déchirés; la douleur est peinte sur leur visage et dans toute leur personne: on voit que tout leur manque à-la-fois; que la noblesse et la vertu leur sont inutiles. Il y eut un temps où elles furent honorées; mais, à les entendre, tout le monde aujourd'hui les méprise; elles viennent se réfugier chez un ami [732]. L'amour les interroge; l'une d'elles se fait connaître, elle et ses sœurs: c'est la Droiture; et les deux autres sont la Générosité et la Tempérance, bannies et persécutées par les hommes, et réduites à une vie pauvre, errante et malheureuse. L'amour les écoute, les accueille: «Et moi, dit le poëte, qui entends, dans ce divin langage, se plaindre et se consoler de si nobles exilées, je tiens pour honorable l'exil où je suis condamné..... C'est un sort digne d'envie que de tomber avec les gens de bien [733]». Belle maxime, et qui, dans les circonstances difficiles de la vie, doit être celle de tout homme d'honneur et de courage!