[Note 286: ][ (retour) ] Les auteurs du Giornale de' Letterati, 1713.
[Note 287: ][ (retour) ] Tom. III, p. 293-296.
[Note 288: ][ (retour) ] Tirab., t. III, p. 297.
Les erreurs des Grecs schismatiques eurent alors une multitude d'antagonistes qui passèrent pour des prodiges de dialectique et d'éloquence, mais dont les victoires sont ensevelies sous la même poussière qui couvre les défaites de leurs ennemis. Un heureux effet de ces disputes était la nécessité où l'on était toujours en Italie, de cultiver la langue grecque. On avait vu dans le onzième siècle un Italien, nommé Jean, aller à Constantinople étudier la philosophie sous le savant Michel Psellus, disputer bientôt en grec contre son maître lui-même, le remplacer ensuite, expliquer les livres d'Aristote et de Platon, et se faire, au milieu de tous ces Grecs, la réputation du plus grand philosophe, c'est-à-dire, du plus redoutable dialecticien de son temps. Ce n'étaient pas seulement ses raisonnements que l'on pouvait craindre. Il y joignait souvent une action fort incommode pour ses adversaires. Après les avoir réduits au silence, il les prenait par la barbe, la secouait rudement, et traînait comme en triomphe, après lui, les vaincus [289]. Cette manière d'argumenter, excita plus d'une fois des troubles dans son école, en éloigna les hommes paisibles, et lui fit beaucoup d'ennemis. On l'accusa d'hérésie. Il soutint ses opinions contre le patriarche lui-même, qui finit par les embrasser. Le peuple, excité sans doute contre lui, se souleva. L'empereur Alexis Comnène obligea la vainqueur à se rétracter publiquement, pour apaiser cette émeute théologique. L'historienne Anne Comnène, qui raconte les aventures de ce Jean, ne l'appelle que l'Italien. Il a laissé plusieurs ouvrages philosophiques écrits en grec, et conservés en manuscrits dans les grandes bibliothèques de Paris, de Vienne, de Venise et de Florence. Aucun n'a été imprimé.
[Note 289: ][ (retour) ] Tirab., t. III, p. 291.
Peu de temps après lui, d'autres Italiens firent aussi du bruit à Constantinople. Un des principaux fut un archevêque de Milan, Pierre Grossolano, qui, pour se donner un air plus grec, se faisait appeler Chrysolaüs. Ce fut aussi un homme à singulières aventures. Tiré du fond d'un bois, où il faisait le métier d'ermite, pour devenir évêque de Savone, et vicaire de l'archevêque de Milan, qui partait pour la croisade, il se trouva tout porté pour être archevêque lui-même, quand on apprit que celui de Milan était mort outre-mer. Mais il fut accusé de simonie, en chaire, par un prêtre, ou plutôt par une espèce de spectre, qui s'était déjà fait couper le nez et les oreilles par des accusations semblables, et qui n'en avait que plus d'ardeur et plus de crédit. Voyant que l'archevêque méprisait ses déclamations, ce prêtre mutilé le cita au jugement de Dieu, s'offrit à prouver sa simonie en passant au travers des flammes, le força d'accepter l'épreuve, la subit publiquement sur la place Saint-Ambroise; sortit du feu comme il y était entré; et simoniaque ou non, l'archevêque fut forcé de s'enfuir à Rome. Quoique absous par le pape Pascal II, dans un concile, il ne put remonter sur son siège, et prit le parti de faire un voyage en Terre-Sainte. Arrivé à Constantinople, lorsque la controverse entre les Latins et les Grecs y étaient la plus animée, il y brilla par son double savoir en théologie et en grec: il disputa publiquement, de bouche et par écrit, avec les Grecs les plus habiles. L'empereur Alexis Comnène, qui voulait passer pour un profond théologien, quoique dans l'état où était son empire il eût pu s'occuper d'autre chose, entra lui-même en lice avec le savant Prélat. Celui-ci ne put, à son retour en Italie, rentrer dans son archévêché. Le même Pape, auquel il eut recours, le condamna dans un second concile, et ne lui laissa que son premier évêché de Savone, qui était sans doute moins envié. Grossolano ne voulut pas déchoir: il aima mieux rester à Rome, où il mourut un an après [290].
[Note 290: ][ (retour) ] En 1117. Voy. Tirab., ub. supr., p. 251 et suiv.
On cite encore, pour leur habileté dans la langue grecque, un Ambrogio Biffi, un André, prêtre de Milan, un Hugues Eteriano, et son frère Léon, interprète des lois impériales à la cour de Manuel Comnène; on cite enfin un Moïse de Bergame, un Jacopo, prêtre de Venise, que l'on croit le premier traducteur latin de quelques ouvrages d'Aristote [291], un Burgondio, juge et jurisconsulte de Pise, traducteur de plusieurs ouvrages des pères grecs, trois Italiens qui assistèrent et argumentèrent dans la capitale de l'empire grec aux conférences tenues pour la réunion des deux églises, et dont le dernier fut aussi présent à Rome, au concile assemblé pour le même objet [292].
[Note 291: ][ (retour) ] Tirab., t. IV, p. 127.
[Note 292: ][ (retour) ] En 1179. Tirab., t. III, p. 264, 265.