[Note 567: ][ (retour) ] C'est ce qu'on pourrait vérifier: ce livre précieux, écrit de la main de Pétrarque, est à Florence, dans la bibliothèque Laurentienne. (Mém. pour la Vie de Pétr., t. III, p. 495, en note.)
Un orfèvre de Bergame, nommé Capra, homme d'un esprit cultivé, riche, et le premier dans son art, devint presque fou d'enthousiasme: il obtint à force de prières, que Pétrarque le vînt voir à Bergame. Le gouverneur, le commandant, la ville entière lui firent une réception de prince, et se disputèrent l'honneur de le loger. Il donna la préférence à son orfèvre, qui faillit en mourir de joie, le reçut avec une magnificence que les plus grands seigneurs auraient pu à peine égaler, et lui prouva, par le nombre et le choix des livres qui composaient sa bibliothèque, par sa conversation, par la chaleur et l'empressement délicat de ses soins, qu'il méritait cette préférence.
L'hiver suivant, Boccace fit un voyage à Milan, tout exprès pour le voir [568]. Plusieurs jours s'écoulèrent pour eux dans de doux entretiens, et ils ne se séparèrent qu'à regret. Pétrarque avait donné à son ami un exemplaire de ses églogues latines, écrit de sa main. Boccace, de retour à Florence, lui en envoya un du poëme de Dante, qu'il avait aussi copié de la sienne [569]. Pétrarque n'avait pas ce poëme dans sa bibliothèque, et cela pouvait accréditer l'opinion qu'il était jaloux de son auteur. Boccace avait joint à cette copie, de très-grands éloges du Dante. Il s'en justifiait en quelque sorte, en lui écrivant que ce poëte avait été son premier maître, la première lumière qui avait éclairé son esprit. La réponse de Pétrarque est très-curieuse [570]. On y voit, que s'il n'était pas positivement jaloux du Dante, la réputation de ce grand poëte lui portait cependant quelque ombrage. Il attribue le peu d'empressement qu'il avait montré pour son poëme, au projet qu'il avait eu, dès sa jeunesse, d'écrire aussi en langue vulgaire, et à la crainte de devenir plagiaire ou copiste sans le vouloir. On voit clairement par les expressions dont il se sert qu'il ne lui accordait de supériorité que dans cette langue vulgaire, dont il croyait la vogue peu durable; qu'il ne regardait pas comme un objet d'envie, un homme qui avait fait sa principale et peut-être son unique occupation de ce qui n'avait été pour lui qu'un jeu et un essai de son esprit; que lui-même faisait alors très-peu de cas de ce qu'il avait écrit dans cette langue, et qu'il fondait pour l'avenir sa renommée sur des titres qu'il regardait comme plus solides; mais dont le temps, qui fait la destinée des langues et des ouvrages, a tout autrement décidé.
[Note 568: ][ (retour) ] 1359.
[Note 569: ][ (retour) ] Ce beau manuscrit était à la bibliothèque du Vatican, N°. 3199: il est maintenant sous le même numéro à la Bibliothèque impériale. C'est, sans contredit, le plus précieux qui existe de ce poëme.
[Note 570: ][ (retour) ] Voy. Mém. pour la Vie de Pétr., t. III, p. 508 et suiv. Cette lettre, qui n'est pas dans l'édition de Bâle, est dans celle des lettres de Pétrarque, Genève (Lyon), 1601, in-8°, fol. 445.
Il continuait de se partager entre sa jolie retraite de Linterno et le séjour de Milan. Il avait depuis peu avec lui Jean, son fils naturel, qui, parvenu à l'âge des passions, lui donnait des chagrins et de l'inquiétude. Il fut volé de tout ce qu'il avait à Milan, et ne put en accuser que son fils. Ce vol fut la cause qui le fît changer de demeure, ou le prétexte qu'il donna de ce changement. Il alla s'établir dans une abbaye hors des murs de la ville, entre la porte de Côme et celle de Verceil [571]. Peu de temps après [572], sa vie paisible et studieuse fut encore interrompue pour une ambassade honorable. Le roi Jean, prisonnier en Angleterre depuis la bataille de Poitiers, était enfin sorti de sa longue captivité; Isabelle, sa fille, venait d'épouser, à Milan, le fils de Galéas Visconti. Galéas députa Pétrarque auprès du roi, pour le complimenter sur sa délivrance [573]. L'état déplorable où il trouva Paris et ce qu'il traversa du royaume, le toucha jusqu'aux larmes, quoiqu'il n'aimât pas la France. Le roi Jean et le dauphin, son fils, lui firent l'accueil le plus distingué. Le peu qu'il y avait de gens de lettres et de savants capables de l'entendre, s'empressèrent de jouir de ses entretiens et de rendre hommage à ses lumières. Le roi voulut le retenir à sa cour: le dauphin l'en pressa encore davantage; mais l'Italie le rappelait; il y revint dès que sa mission fut remplie. Les instances du roi Jean, ses présents, ses promesses plus magnifiques encore, le poursuivirent jusqu'à Milan; il reçut aussi de l'empereur, peu de temps après son retour [574], des invitations non moins pressantes, accompagnées de l'envoi d'une coupe d'or d'un travail admirable; mais ni la France, ni l'Allemagne ne le tentèrent. Il opposa à toutes les sollicitations ses deux passions dominantes, l'amour de la patrie, et ce qu'il appelait sa paresse.
[Note 571: ][ (retour) ] C'est le monastère de St.-Simplicien, de l'ordre des Bénédictins du mont Cassin.
[Note 572: ][ (retour) ] 1360.
[Note 573: ][ (retour) ] La harangue qu'il adressa au roi est conservée parmi les mêmes manuscrits de la bibliothèque impériale de Vienne, où se trouve celle qu'il avait prononcée devant le sénat de Venise. (Baldelli, ub. supr., p. 113, note.)