[Note 593: ][ (retour) ] Il se nommait Jean Dondi: c'était le fils de Jacques Dondi, célèbre philosophe, médecin et astronome, auteur de la fameuse horloge qui fut placée sur la tour du palais de Padoue, en 1344. Le fils fut aussi astronome en même temps que médecin. Il inventa et exécuta lui-même une autre horloge encore plus fameuse, qui fut placée à Pavie dans la bibliothèque de Jean Galeaz Visconti. C'est de là que cette famille Dondi avait pris le surnom de Degli Orologi. Plusieurs auteurs français et italiens ont confondu le père et le fils, et leurs deux horloges. Tiraboschi a rectifié ces erreurs. Stor. della Let. it. t. V, p. 177-184.
Grégoire XI, qui remplaça Urbain V, aussi vertueux que son prédécesseur, eut la même bienveillance pour Pétrarque, et Pétrarque ne se refusait pas à profiter de ses bonnes dispositions pour sa fortune, quoique le dépérissement total de ses forces l'avertît de sa fin prochaine. Il eut un moment de joie qui fut bientôt suivi d'une affliction nouvelle. Son bon et ancien ami, l'évêque de Cabassole, devenu cardinal, fut envoyé légat à Pérouse. Dès qu'il fut arrivé, il en instruisit Pétrarque, qui lui témoigna dans sa réponse un vif désir de le revoir. Il essaya de monter à cheval pour satisfaire ce désir, mais sa faiblesse lui permit à peine de faire quelques pas. Le cardinal, de son côté, n'était pas dans un meilleur état. Il ne fit que languir depuis son arrivée en Italie; il mourut peu de mois après [594], et la faiblesse de ces deux amis, rapprochés après une séparation si longue, les priva de la consolation de s'embrasser.
Pétrarque parut reprendre quelques forces et remplit bientôt après, sur la scène du monde, un dernier rôle que lui confia l'amitié. La guerre s'était élevée entre les Vénitiens et François de Carrare, seigneur de Padoue. Cette ville était menacée d'un siége; mais la campagne remplie de troupes, était encore un séjour plus dangereux. Pétrarque sortit d'Arqua pour se réfugier à Padoue avec ses livres; car, après s'être défait des premiers, il en avait acquis de nouveaux, comme il arrive toujours quand on les aime. A Padoue, il trouva dans un libelle qui excita sa bile, une occasion d'exercer sa plume. Le pape, mécontent de cette guerre, envoya, en qualité de nonce, un jeune professeur en droit, nommé Ugution, ou Uguzzon de Thiennes, pour rétablir la paix. Ce nonce se rendit d'abord à Padoue. Il connaissait Pétrarque; il l'alla voir, et lui communiqua un écrit injurieux qu'un moine français, dont il ignorait le nom, venait de publier à Avignon contre lui. C'était une critique amère de la lettre qu'il avait adressée quatre ans auparavant à Urbain V, pour le féliciter de son retour à Rome. Rome et l'Italie n'y étaient pas plus ménagées que Pétrarque. Peut-être n'eût-il pas répondu à des attaques uniquement dirigées contre lui; mais il ne put souffrir qu'un moine barbare osât écrire contre l'objet de ses adorations. La colère ne lui donna que trop de forces. Il s'emporta dans cette réponse en expressions indignes de lui, comme il l'avait fait vingt ans auparavant contre le médecin du pape. Cette seconde invective s'est malheureusement conservée comme la première [595]: toutes deux prouvent que le caractère le plus doux peut quelquefois s'aigrir, et l'esprit le plus élevé descendre de sa hauteur; mais c'était descendre bien bas, que de se ravaler jusqu'aux injures avec un moine.
[Note 595: ][ (retour) ] Voy. Œuvres de Pétrarque, Bâle, 1581, fol. 1068. Elle est adressée à Ugution lui-même. L'abbé de Sade dit (t. III, p. 790), que ce nonce logea chez Pétrarque à Padoue; mais on voit, par les expressions dont Pétrarque se sert, qu'il était seulement aller le visiter. Nuper alliud agenti mihi et jam dudum certaminis hujus oblito, scholastici nescia eujus epistolam, imo librum dicam.... attulisti, dum è longinquo veniens, amice, hanc exiguam domum tuam, me visurus, adisses. Ces éditions de Bâle sont fort corrompues; il paraît que dans ces derniers mots tuam est de trop, ou qu'il faut lire meam.
Cependant la guerre continuait avec fureur. François de Carrare avait eu d'abord l'avantage; mais le roi de Hongrie, qui lui avait envoyé des troupes, menaça de les tourner contre lui s'il ne consentait à la paix. Venise se voyant soutenue, la proposait à des conditions humiliantes; il fallut pourtant l'accepter [596]. Un article du traité portait qu'il irait eu personne à Venise, ou qu'il enverrait son fils demander pardon à la république, des insultes qu'il lui avait faites, et lui jurer fidélité. Le seigneur de Padoue envoya son fils, et pria Pétrarque de l'accompagner et de porter pour lui la parole devant le sénat. Cette mission était désagréable; mais l'attachement de Pétrarque pour un prince, fils de son ancien ami et de son bienfaiteur, ne lui permit pas de chercher dans son âge et dans sa santé toujours chancelante, des raisons pour s'en dispenser. Le jeune Carrare [597], Pétrarque et une suite nombreuse arrivés à Venise, eurent dès le lendemain audience. Soit fatigue, ou soit que la majesté du sénat vénitien troublât Pétrarque, il ne put prononcer son discours, et la séance fut remise au jour suivant. Ce discours, qui ne s'est point conservé, fut vivement applaudi. Les Vénitiens témoignèrent la plus grande joie de revoir dans leur ville celui qui, pendant plusieurs années, en avait fait l'ornement.
[Note 596: ][ (retour) ] 1373.
[Note 597: ][ (retour) ] Il se nommait Francesco Novello.
La paix faite, il revint à Arqua, plus faible qu'auparavant. Une fièvre sourde le minait, sans qu'il voulût rien changer à son train de vie. Il lisait ou écrivait sans cesse. Il écrivait surtout à son ami Boccace, dont il lut alors le Décaméron pour la première fois [598]. Il fut enchanté de cet ouvrage. Ce qu'on y trouve de trop libre, lui parut suffisamment excusé par l'âge qu'avait l'auteur quand il le fit, par la langue vulgaire dans laquelle il l'avait écrit, par la légèreté du sujet et celles des personnes qui devaient le lire. L'histoire de Griselidis le toucha jusqu'aux larmes [599] Il l'apprit par cœur pour la réciter à ses amis: enfin il la traduisit en latin pour ceux qui n'entendaient pas la langue vulgaire, et il envoya cette traduction à Boccace [600].
[Note 598: ][ (retour) ] 1374.