[Note 599: ][ (retour) ] C'est la dernière Nouvelle du Décaméron.
[Note 600: ][ (retour) ] Elle est dans l'édition de Bâle, page 541, sous ce titre: De obedientiâ ac fide uxoriâ, Mythologia.
La lettre dont il l'accompagna est peut-être la dernière qu'il ait écrite. Peu de temps après, ses domestiques le trouvèrent dans sa bibliothèque, courbé sur un livre et sans mouvement. Comme ils le voyaient souvent passer des jours entiers dans cette attitude, ils n'en furent point d'abord effrayés: mais ils reconnurent bientôt qu'il ne donnait aucun signe de vie; la maison retentit de leurs cris: il n'était plus. Il mourut d'apoplexie, le 18 juillet 1374, âgé de soixante-dix ans.
Le bruit de sa mort, qui se répandit aussitôt, causa une aussi grande consternation que si elle eût été imprévue. François de Carrare et toute la noblesse de Padoue, l'évêque, son chapitre, le clergé, le peuple même se rendirent à Arqua pour assister à ses obsèques; elles furent magnifiques, et cependant accompagnées de larmes. Peu de temps après, François de Brossano, qui avait épousé sa fille, fit élever un tombeau de marbre sur quatre colonnes, vis-à-vis l'église d'Arqua, y fit transporter le corps et graver une épitaphe fort simple en trois assez mauvais vers latins. On y voit encore ce monument, que visitent tous les amis de la poésie, de la vertu et des lettre, assez heureux pour voyager dans ces belles contrées, et dont ils n'approchent qu'avec une émotion profonde et un saint respect.
Les honneurs qui furent rendus à Pétrarque après sa mort, dans presque toute l'Italie, et ceux qu'il avait reçus de son vivant, l'exemple que la faveur dont il avait joui auprès des Grands offrait de la considération où les lettres pouvaient prétendre, et l'idée que son caractère avait donnée aux Grands du prix et de la dignité des lettres contribuèrent puissamment à en répandre le goût. Ses ouvrages et le soin qu'il prit constamment de ramener les gens de lettres et les gens du monde à l'étude et à l'admiration des anciens, y contribuèrent encore davantage. Supérieur à tous les préjugés nuisibles qui subjuguaient alors les esprits, il combattit sans relâche dans ses Traités philosophiques, dans ses lettres, dans ses entretiens, l'astrologie, l'alchimie, la philosophie scholastique, la foi aveugle dans Aristote et dans l'autorité d'Averroës. Sa compassion et son mépris pour les erreurs de son temps le remplissaient d'admiration pour la saine vénérable antiquité. Il se réfugiait parmi les anciens pour se consoler de tout ce qui blessait ses yeux chez les modernes.
Il apprit à ses contemporains, le prix qu'on devait attacher aux monuments des arts et des lettres que le temps n'avait pas détruits. Ce fut lui qui eut le premier l'idée d'une collection chronologique de médailles impériales, secours indispensable pour l'étude de l'histoire. Il mit à former cette collection, le zèle qui l'animait pour tout ce qui intéressait les lettres. Lorsqu'il alla trouver l'empereur Charles IV, à Mantoue, il lui offrit plusieurs de ces belles médailles d'or et d'argent dont il faisait ses délices. Il y en avait surtout une d'Auguste, si bien conservée, qu'il y paraissait vivant. «Voilà, dit Pétrarque, à l'empereur, les grands hommes dont vous occupez maintenant la place, et qui doivent être vos modèles.» Ce présent était un grand sacrifice dont Charles sentit vraisemblablement très-peu le prix, et ce mot une leçon qu'il se soucia fort peu de suivre.
Un autre guide nécessaire, la géographie, manquait alors presque entièrement à l'étude de l'histoire. Pétrarque tourna de ce côté, l'ardeur de ses recherches, et rendit plus facile aux autres, l'instruction qu'il y avait acquise. Son Itinéraire de Syrie [601], prouve que cette instruction était très-étendue pour son temps. On voit, par une de ses lettres [602], qu'il avait fait de grands efforts pour fixer d'une manière certaine, le plan de l'île de Thulé ou Thylé, dont il est si souvent parlé dans les anciens. N'oubliant jamais, dans aucun de ses travaux, l'intérêt de sa patrie, il avait fait dessiner, sous les yeux du roi Robert, une carte d'Italie, plus exacte que toutes celles qui existaient alors [603]. Enfin, il avait rassemblé dans sa bibliothèque, tout ce qu'il put trouver de cartes et de livres de géographie. Cette bibliothèque était considérable; on a vu qu'après avoir libéralement donné la première, il avait cédé au besoin de s'en former une seconde; et ce mot de bibliothèque, qui ne signifie aujourd'hui que quelques soins pris, quelques recherches faites, et souvent même une simple commission donnée à un libraire, signifiait alors tout autre chose. Les bons manuscrits étaient d'une rareté extrême, surtout ceux des anciens auteurs grecs et latins, dont on n'avait même encore retrouvé qu'un petit nombre. On peut dire que Pétrarque mit le premier, une sorte de passion à en suivre la trace, à en faire lui-même, et à en favoriser la recherche. Ses lettres sont remplies de ces détails intéressants. Souvent un auteur lui en fait connaître un autre; en en cherchant un, il en trouve plusieurs, et son insatiable curiosité s'augmente à mesure qu'il fait plus de découvertes [604]. Il recommande sans cesse qu'on cherche d'anciens livres, principalement en Toscane, qu'on examine les archives des maisons religieuses, et il adresse les mêmes prières à ses amis, en Angleterre, en France, en Espagne. Son avidité pour cette recherche était connue si généralement et si loin, que Nicolas Sigeros, grec distingué à la cour de Constantinople, lui envoya pour présent, une copie complète des poëmes d'Homère; et la lettre de remercîment que lui écrivit Pétrarque, prouve quel fut l'excès de sa joie à la présence inattendue du prince des poëtes.
[Note 601: ][ (retour) ] Itinerarium Syriacum, éd. de Bâle 1581, p. 557.
[Note 602: ][ (retour) ] Rer. Familiar., lib. III, ép. i.
[Note 603: ][ (retour) ] Flavio Biondo, écrivain du siècle suivant, avait consulté cette carte; il en parle dans son Italia illustrata.