[Note 604: ][ (retour) ] Voyez, sur cette passion toujours croissante, sa lettre à son frère Gérard, Familiar., l. III, ép. 18.

Il n'avait point appris le grec dans sa première jeunesse; quoiqu'il restât toujours en Italie quelque culture de cette langue, elle n'était point comprise encore dans le cours des études communes. Il saisit pour la première fois, à Avignon, l'occasion de l'apprendre lorsque le moine Barlaam, né en Calabre, mais qui avait passé en Grèce, fut envoyé par l'empereur Andronic, à la cour de Benoît XII [605], sous prétexte de négocier la réunion des deux églises, et en effet, pour solliciter des secours contre les Turcs. Les dialogues de Platon furent le principal objet de leurs leçons. Pétrarque fut enthousiasmé des hautes idées de ce philosophe sur l'amour, sur la nature et l'union des âmes; et comme ces leçons ne durèrent pas long-temps, on peut dire qu'il y apprit plus de platonisme que de grec. Son second maître fut Léonce Pilate, qui était aussi un Calabrois devenu Grec. Quelque désagréable qu'il fût de sa personne et dans ses manières, Boccace qui l'avait attiré à Florence, le conduisit à Venise lorsqu'il alla voir son ami [606]; Léonce y resta quelque temps, et Pétrarque en tira les deux seules choses qu'il pût gagner dans un commerce de cette espèce, une connaissance un peu plus approfondie du grec, qu'il ne sut cependant jamais parfaitement, et quelques livres grecs, entièrement inconnus jusqu'alors en Italie, parmi lesquels était un beau manuscrit de Sophocle. Ce même Léonce Pilate avait fait, à la prière de Boccace, et en société avec lui, une traduction latine, la plus ancienne que l'on connaisse, de l'Iliade et d'une grande partie de l'Odyssée. Boccace la promit pendant long-temps à Pétrarque. Il lui en envoya enfin une copie faite par lui-même, que son ami reçut avec de nouveaux transports.

[Note 605: ][ (retour) ] Barlaam vint, pour la première fois, à Avignon, en 1339, et y revint en 1342. L'abbé de Sade veut qu'à ces deux voyages, Pétrarque ait pris de ses leçons. Tiraboschi croit, avec plus de vraisemblance, que ce ne fut qu'au second voyage. Voyez Stor. della lett. ital., t. V, p. 368.

[Note 606: ][ (retour) ] En 1363.

Son ardeur pour les livres latins était encore plus vive. On ne possédait de son temps que trois décades de Tite-Live, la première, la troisième et la quatrième. Encouragé par le roi Robert, il n'épargna rien pour retrouver au moins la seconde; mais tous ses soins furent inutiles. Il entreprit aussi de retrouver un ouvrage perdu de Varon [607], qu'il avait vu dans sa jeunesse, et ne fut pas plus heureux. Il avait eu en sa possession le traité de Cicéron de Gloriâ [608]. Il le prêta à son vieux maître de grammaire Convennole, qui le vendit pour vivre; cet exemplaire fut perdu, et il ne put jamais depuis en retrouver un autre. Il chercha vainement aussi un livre d'épigrammes et des lettres d'Auguste, qu'il avait vu dans son jeune âge. Il eut plus de succès dans la recherche des Institutions de Quintilien. Il les trouva, en 1350, à Florence, lorsqu'il y passait pour aller à Rome. Sa joie fut grande; il la répandit dans une lettre adressée à Quintilien lui-même [609]; ce manuscrit était cependant imparfait, gâté et mutilé. Il était réservé au Pogge, d'en retrouver, environ un siècle après, un exemplaire entier.

[Note 607: ][ (retour) ] Rerum humanarum et divinarum antiquitates.

[Note 608: ][ (retour) ] Raimond Soranzo, l'un de ses amis, lui en avait fait présent.

[Note 609: ][ (retour) ] C'est la sixième du livre des épîtres adressées aux grands hommes de l'antiquité, Ad viros illustres veteres, édition de Genève, 1601, in-8°.

Mais c'était surtout pour Cicéron que Pétrarque poussait l'admiration jusqu'à une sorte de fanatisme. Lire et relire ce qu'il avait de lui, chercher partout ce qu'il n'avait pas, c'est ce qui l'occupait sans cesse; il n'épargnait pour cela, ni prières auprès de ses amis, ni déplacements, ni dépenses. Cicéron revenait toujours dans ses conversations, dans ses lettres. A Liége, où il avait trouvé deux de ses Oraisons, il eut de la peine à se procurer un peu d'encre, encore était-elle toute jaune, pour en tirer lui-même une copie. Il se donna, long-temps après, la même peine pour un recueil considérable de ces mêmes discours qu'il fut quatre ans à copier, ne voulant pas les confier à des scribes ignorants, qui défiguraient les plus beaux ouvrages. Et dans quel enchantement ne fut-il pas à Vérone, lorsqu'il y retrouva les lettres familières! On conserve précieusement, et à juste titre, à Florence, dans la bibliothèque Laurentienne, cet ancien manuscrit retrouvé par lui, et la copie qu'il en avait faite. On y conserve aussi les lettres à Atticus, écrites de la main de Pétrarque; mais le manuscrit ancien d'où il les avait tirées, a péri [610]. Voilà par quels travaux et à quel prix on pouvait alors se composer une bibliothèque de bons livres.

[Note 610: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. V, p. 79 et suiv.